Radioscopie d’une méthode bien peu fraternelle…

« Comment l’État vide les caisses des villes ». Ce titre de couverture du Parisien n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il résume la tactique de l’État pour réduire ses déficits au détriment des collectivités territoriales, c’est-à-dire des contribuables locaux que nous sommes.
Pour baisser sa propre dette, comme le réclame Bruxelles, l’État joue sur deux tableaux, précise le quotidien.
Le plus généralement, l’État baisse les dotations qu’il doit normalement verser aux collectivités.
Celles-ci sont attribuées en contrepartie des services et obligations qui lui incombent, mais qu’il a transférés aux collectivités, tel le RSA, anciennement RMI.
Initialement, ce soutien à nos concitoyens les plus en difficulté était à 100 % à la charge de l’État. Il est désormais à la charge des départements. Or, si le nombre des bénéficiaires de cette allocation de solidarité a explosé, le montant de la dotation, lui, a stagné. Concrètement, un département comme le Gard a une dotation de l’État de 110 millions d’euros, alors que le budget RSA atteint aujourd’hui 175 millions. Cette augmentation de 65 millions est désormais à la charge des Gardois !
Même topo pour nos communes, où l’on peut puiser moult exemples. Les dotations faites au titre de l’égalité des chances, pour permettre l’accessibilité des lieux aux personnes à mobilité réduite ou l’achat de livres et de matériel scolaires, sont gelées ou régressent. Conclusion, les municipalités qui veulent maintenir ces solidarités en sont de leur poche.
Autre cas : quand l’État, grand seigneur, annonce à la télévision qu’il va augmenter les salaires des agents communaux et territoriaux des catégories B et C (qui, soit dit en passant, le méritent bien), il laisse aux contribuables des communes le soin de payer ces augmentations sans les compenser, ce qui représente pour Montreuil 1 million d’euros !
«Déshabiller Pierre sans habiller Paul», c’est l’autre procédé décrit par le journal. Ainsi, des communautés de communes ayant de bonnes ressources financières sont désormais taxées par l’État. Si les sommes ainsi prélevées étaient reversées à des communautés moins riches, ce serait un acte d’équilibre, de justice. Mais non, l’argent collecté va directement dans les caisses de Bercy, où le Ministre peut ainsi se féliciter «de maîtriser son budget» (à nos dépens). Ce coup de bonneteau avait déjà été effectué lorsque des familles virent leurs allocations familiales fortement réduites sans que l’argent dont elles étaient dépouillées aille vers les plus défavorisées.
Cette façon de faire n’est pas très fraternelle. Elle est même insupportable dans sa forme et dans son fond. Car elle aboutit à appauvrir les particuliers et les communes. Elle pousse les maires et leurs conseils municipaux à réduire sans cesse les dépenses publiques et leur champ d’intervention pour maintenir leur budget en équilibre, comme l’exige la loi. Or, la situation économique dégradée et la demande sociale qui l’accompagne exigent toujours plus de notre part. L’avenir de nos villes et de leurs habitants réclame des logements nouveaux ou restaurés, des équipements modernes pour les scolaires, des personnels plus qualifiés et donc des investissements.
On nous met au régime sec, mais dans le même temps 150 milliards d’aides auront été attribués, cette année encore, aux entreprises, grâce à nos impôts. Résultat, selon Les Échos, on note un très net accroissement de leurs marges. Les bénéfices suivent en particulier ceux des grandes entreprises et de leurs actionnaires, premiers bénéficiaires des largesses de l’État. En revanche, ces générosités et les dizaines de milliers d’emplois aidés n’ont pas fait baisser sensiblement le chômage, et les salaires continuent à stagner.
Les près de 12 millions de dotations amputés à Montreuil n’auraient pas été joués au casino et n’auraient pas servi à spéculer en bourse non plus. Ils auraient permis de mieux servir les Montreuillois. Ils se seraient transformés en bons de commande pour les entreprises travaillant pour la commune. Ils auraient donc été utiles à tous et à chacun. Au nom même de l’efficacité économique, et pour échapper aux nouvelles restrictions que ne manqueraient pas de provoquer la baisse des dotations, il revient à chacun d’entre nous, dans un mouvement commun, de faire cesser cet étranglement financier, d’obtenir de l’État l’intégralité des sommes dues, qu’il oriente prioritairement l’action et les aides de la nation vers l’intérêt général, le mieux-être des citoyens et non plus vers les intérêts privés. C’est une question de justice pour un présent et un avenir que nous voulons meilleurs.