Pourquoi je ne recevrai pas Emmanuel Macron à Montreuil

Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique sera à Montreuil demain lundi 6 juin 2016. Il se rendra notamment au bureau de poste principal de notre ville à l’occasion de l’édition du timbre commémoratif du 80ème anniversaire du Front Populaire.

« J’ai décidé de ne pas accueillir Monsieur Macron.

Par cet acte symbolique, je veux faire entendre la déception, le mécontentement, l’indignation et la colère que génère, auprès des Montreuillois et hors les limites de notre commune, la politique actuelle du gouvernement.

Ses choix sont contestés dans la rue où les manifestations se succèdent, dans des entreprises où des mouvements sociaux ont lieu, dans les sondages et jusque dans les résultats électoraux récents où la gauche de gouvernement est systématiquement défaite.

Les choix économiques gouvernementaux affectent aussi la vie de nos communes. Elles sont exsangues. La baisse des ressources, celle des dotations dues par l’État associées aux charges nouvelles mettent les finances locales dans le rouge, installant les élus entre le marteau et l’enclume, les poussant à l’augmentation des impôts locaux et à des choix drastiques pour préserver le service public et son avenir.

Les options gouvernementales actuelles sont fort éloignées de l’esprit qui sied au mot Gauche qui, en 1936, fût conduite à la tête du pays. Un événement majeur que doit rappeler ce jour Monsieur Macron.

Les élections générales de 1936 virent l’avènement d’une assemblée nationale de gauche où figuraient majoritairement des députés communistes, socialistes et radicaux socialistes rassemblés.

Cette majorité nouvelle soutint un gouvernement qui accueillit les premières femmes ministres de l’histoire de notre pays.

Cette victoire du Front populaire fût celle de la confiance retrouvée. Celle des ouvriers, celle des employés puis celles des techniciens, des paysans et au bout du compte, celle d’un peuple tout entier qui, comprenant sa multitude et sa force économique et politique, qui saisissant l’injustice de son sort et la justesse de ses désirs émancipateurs a su s’emparer d’un moment du présent pour se créer un nouvel avenir.

La semaine de 40 heures, les congés payés, des droits syndicaux nouveaux, la fin du travail des enfants … avec ces lois sociales, le monde du travail sortait de l’état de machine humaine à produire dans lequel le maintenaient les maîtres de forges et 200 familles contrôlant à leur seul profit et d’une main de fer l’économie et le destin de notre pays.

Avec 1936, la France innovait socialement, culturellement. Elle devenait comme en 1789, un exemple chargé d’espoir au-delà ses frontières et alors que les nationalismes et les dictatures funestes s’emparaient de l’Europe et phagocytaient les peuples.

En 1936, avec le Front populaire, la Gauche est entrée dans le cœur du peuple.

En 2016, le gouvernement actuel l’en a fait sortir.

La volonté émancipatrice qui a irrigué la gauche, a déserté les rangs du gouvernement actuel qui s’en réclame inconsidérément.

Sous la tutelle dEmmanuel Macron, l’économie est devenue la science de l’accaparement quand elle devrait être celle du partage. Au nom de la « réforme » on veut nous faire entrer de force dans le pire : le dumping social, le productivisme effréné qui épuise les humains et détruit la nature.

En regard de 1936, nous sommes à front renversé.

Le beau nom de gauche devient synonyme de conditions de travail aggravées, d’appauvrissement, d’injustice, d’autoritarisme même quand, contre l’avis de l’opinion publique, de l’assemblée nationale et des organisations syndicales majoritaires, la loi El Khomri veut être imposée par la force sous les hourras de la droite.

Les inégalités atteignent des sommets, inquiétant jusqu’au secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria. Il y voit les germes de désordres sociaux et politiques, et sur lesquels l’extrême droite fait son lit.

Nous n’acceptons pas ce sort.

Nous ne laisserons pas désarmer l’armée du progrès.

Nous ne renonçons pas à inverser l’ordre des choses qui aboutit à jeter les femmes et les hommes, les travailleurs, leurs entreprises, leurs nations, les uns contre les autres au nom de la concurrence libre et non faussée. Nous refusons de plier sous le joug de la dictature des marches décriée par le Pape François lui-même.

A Montreuil, la gauche est fidèle aux valeurs humanistes et émancipatrices forgées en 1789, lors de la Commune, en 1936, ou à la Libération avec le Conseil National de la Résistance.

Ces valeurs qui inspirent nos choix et nos actes ont su rassembler 69,9% des voix exprimées lors des dernières élections régionales. Le plus fort score de la gauche de toute l’Île-de-France.

C’est au nom de ces valeurs et pour quelles triomphent que je ne recevrai pas Monsieur Macron. »

Patrice Bessac, Maire de Montreuil


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