Pourquoi j’ai rejoint le mouvement des Maires de banlieue et de leur population

Le 26 avril dernier s’est tenu un grand rassemblement des Maires de banlieue, venus à Paris, accompagnés par les associations et les habitants, afin de faire entendre la voix de ces quartiers qui ne tiennent debout que par la bonne volonté des acteurs locaux.

C’est ce jour que le rapport de Monsieur Borloo, dressant un constat alarmant mais néanmoins réaliste de nos villes populaires, a été remis au gouvernement.

J’avais convié à cet événement un grand nombre de citoyens, associations et acteurs locaux. Nous avons été beaucoup de Montreuilloises et de Montreuillois à nous mobiliser pour dire haut et fort que la situation que connaissent nos quartiers ne peut plus durer.

Je tenais par ces quelques lignes à expliquer davantage pourquoi j’ai rejoint le mouvement lancé cet été par des Maires et des acteurs de terrain, parfois découragés, parfois en colère, parfois résignés, parfois apeurés, parfois un peu tout cela à la fois.

Au niveau national, toutes les communes souffrent de manque de moyens financiers, en particulier depuis la baisse drastique de nos dotations, mais c’est avant tout dans les quartiers populaires que les manques sont les plus criants.

Montreuil est une ville jeune, 26 % de la population a moins de 20 ans et un tiers des familles est une famille monoparentale.
Montreuil est une ville populaire où plus d’un habitant sur 4 vit sous le seuil de pauvreté, 30 % des ménages ont un Reste à Vivre inférieur à 0 euros par mois, 37 % de logements sociaux, 7 500 demandeurs actifs de logement, un taux de chômage de 18 %, plus d’un demandeur sur 4 est en recherche d’emploi depuis plus de deux ans et le taux de chômage atteint 35 % pour les 15-24 ans et plus de 40 % dans certains quartiers.

Derrière ces chiffres, il y a des habitants qui ont besoin d’être accompagnés, soutenus et les moyens publics ne sont pas suffisamment à la hauteur des enjeux sociologiques de notre ville.

Education, sécurité, emploi, logement, transports, ce sont ces politiques qui doivent être renforcées dans nos quartiers : pas parce que nous voulons plus que les autres, mais parce que nous avons moins.
Ce constat est fait depuis plus de cinquante ans. Nous connaissons les solutions à mettre en œuvre et pourtant, les inégalités territoriales sont toujours une réalité.
En Seine-Saint-Denis, nous sommes toujours obligés d’interpeller, de demander, de manifester pour obtenir ces politiques de droit commun.

Il nous faut sans cesse nous battre pour obtenir des effectifs de police, un transport en commun, des enseignants devant nos élèves ou encore la rénovation de nos quartiers les plus dégradés, comme La Noue ou Le Morillon.

En 2014, nous étions fiers d’avoir pu obtenir que ces deux quartiers figurent dans le nouveau programme de rénovation urbaine. Pourtant, nous constatons que les dossiers avancent avec une telle lenteur que nos habitants se désespèrent de voir ces projets enfin avancer. On nous demande des études à n’en plus finir, on ralentit les processus et les moyens financiers tardent à s’engager. Il est temps d’exiger une accélération et que nos quartiers finissent d’être rénovés.

Cette rénovation est largement financée par le soutien des organismes de logements sociaux. Pourtant avec la nouvelle loi Elan sur le logement et la baisse non compensée des loyers du fait de la diminution des APL, ils vont se retrouver dans des difficultés sans précédent. Pour l’office HLM de Montreuil, les conséquences se chiffrent à deux millions d’euros en moins par an, cela représente 100 nouveaux logements qui ne pourront pas être construits et 250 qui ne pourront pas être rénovés.

La rénovation urbaine doit être relancée mais elle ne suffira pas.

Les associations l’ont très bien compris, elles qui œuvrent quotidiennement pour aider les habitants de ses quartiers, pour offrir à leurs enfants des activités, pour les accompagner, pour les soutenir et amoindrir les difficultés sociales que nos habitants connaissent.

L’été dernier, les crédits dits « politiques de la ville » ont subitement été supprimés, privant ainsi plusieurs associations montreuilloises des fonds nécessaires à certaines actions pourtant planifiées. Au même moment, le gouvernement a porté un coup fatal à nos quartiers en annonçant la diminution massive des contrats aidés. Cette funeste décision met en péril le fonctionnement de nos associations et leurs activités. Quelques jours avant la remise du rapport Borloo, le Gouvernement a pourtant confirmé la réduction des contrats aidés pour l’année 2019. Il persiste à ne pas en voir les conséquences sur le tissu social.
Alors même que l’Etat s’est désengagé dans les années précédentes de beaucoup de politiques, que les associations exercent désormais à sa place, il supprime les leviers nécessaires à remplir les missions qu’elles se sont données.

Ces éléments ont déclenché un mouvement sans précédent, d’élus de toutes les couleurs politiques, car leurs habitants connaissent tous les mêmes difficultés.

Non seulement la politique menée actuellement ne donne aucun nouveau souffle à nos quartiers populaires, mais elles les pénalisent encore davantage, en s’en prenant aux acteurs qui les font tenir debout : les organismes HLM, la Ville et les associations.

Le plan Borloo reprend en grande partie les solutions portées par les acteurs de la banlieue et indique également la nécessité de redonner des moyens d’actions aux communes.
J’entends de manière indécente les idéologues de l’austérité, essayer de persuader l’opinion publique que « des milliards ont été déversés sur la banlieue et que cela n’aurait servi à rien ».

Oui, des milliards ont été investis dans les premiers programmes de rénovation urbaine dans toute la France, et à Montreuil, à La Noue ou au Bel-Air. Et non cela n’a pas servi à rien !
Redonner des logements décents et un cadre de vie normal, c’est le début de la dignité, et en effet cela coûte des milliards. Pourtant, c’est juste une timide reconnaissance par la République du fait que sur notre territoire français, il ne peut pas y avoir des conditions de vie aussi indignes.

Mais cela n’est qu’une partie du travail à faire dans les quartiers populaires. Il reste à rétablir l’égalité en termes de services publics, d’Education, de Sécurité, de Transports, d’Emploi, ou encore de Justice.

Et cela n’est pas fait.

A Montreuil depuis dix ans, alors même que la population a augmenté, nous avons perdu 37 policiers.
En Seine-Saint-Denis, en 2010, on consacrait en moyenne 2 860 euros pour un écolier contre 3 134 euros pour un écolier parisien. Un chercheur en sciences de l’Education a, par ailleurs, prouvé qu’un élève effectuant sa scolarité en Seine-Saint-Denis aura cumulé une année de jours d’enseignements non remplacés et donc perdu une année entière de scolarité.

A Montreuil, on attend le T1 depuis 30 ans et on refuse d’engager quelques milliers d’euros pour faire les études nécessaires au prolongement de la ligne 9.

Les exemples sont nombreux, sur l’Emploi, sur la Santé, sur la Justice. Nous sommes défavorisés et les politiques publiques nationales acceptent cette situation sans y remédier. Nous-mêmes acceptons cette réalité depuis trop longtemps sans nous y opposer. Nos habitants savent que vivre à Montreuil et en Seine-Saint-Denis, c’est faire le choix de quartiers populaires où les services publics sont en partie défaillants.

Je ne m’y résous pas. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre avec force le mouvement des Maires de banlieue et d’y associer la population, les acteurs locaux et les associations. Un mouvement républicain qui dit que notre République est en faillite dans tous ces quartiers prioritaires.

Je ne m’y résous pas. Je pense qu’au contraire il faut investir massivement dans ces quartiers qui sont des territoires d’invention et de dynamisme, qui sont des territoires de jeunesse.

La République est face à un choix, qui n’est pas comme certains voudraient le faire croire, un choix budgétaire. On peut choisir d’investir dès maintenant dans ces quartiers, de parier sur cette jeunesse, de la former, de l’émanciper, de l’accompagner, ou se dire que ces territoires continueront dans dix ou vingt ans d’avoir besoin de pansements, de réparations.
Nos quartiers sont malades, soignons-les ! Mais n’oublions pas qu’il existe un vaccin contre ces maladies : cela s’appelle l’égalité républicaine.

Le Président de la République, Emmanuel Macron a annoncé qu’il s’exprimerait sur ces sujets le 22 mai.

Ce 22 mai doit devenir une date historique, celle du jour où la République décide de refuser les inégalités criantes dont sont victimes nos quartiers dits « prioritaires ».

Montreuil sera au rendez-vous, et vous pourrez compter sur moi pour continuer la mobilisation et je sais que je peux compter sur votre soutien et votre engagement !

Patrice BESSAC, Maire de Montreuil


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