Pour le président de la République, toutes les femmes ne se valent pas…

Ça y est, nos jeunes Montreuillois ont retrouvé le chemin de l’école. Je leur souhaite une bonne année scolaire. Pour que cette «saison 2017-2018» et les suivantes soient bonnes, les élu-es de leur ville et les agents municipaux n’ont pas chômé durant tout l’été ; un été qui, je l’espère, vous aura personnellement permis de recharger vos batteries.

Hélas, les coups de soleil n’auront pas été les seuls au rendez-vous estival. À peine avions-nous tourné le dos pour faire face au soleil, que le nouveau président de la République s’est mis à faire des siennes.

Une véritable avalanche de mauvais coups s’est abattue sur nos têtes. La suppression de 25 % de la subvention pour les Droits des femmes est peut-être le plus mesquin.
Ce poste budgétaire ne représente déjà que 0,006 % du budget de l’État. Jusqu’ici, avec ce moins que rien budgétaire, chaque département disposait malgré tout d’un agent de l’État chargé de traiter quotidiennement cette question, tant sociale que sociétale. Avec la mauvaise coupe de cet été, la disparition de plus de la moitié de ce corps devient quasi inexorable.

Du côté des associations, on s’affole. « Moins de moyens, c’est moins de personnes pour décrocher le téléphone et secourir les femmes en situation de danger », confiait l’une d’entre elles à un magazine féminin. Même inquiétude pour celles qui agissent dans le monde du travail. Elles soulignent que ces mesures interviennent alors que les conditions des femmes au travail se dégradent. Il ne vous aura pas échappé qu’au même moment le président faisait de son épouse une «première dame de France». Un titre aux relents monarchiques qui s’accompagne d’un budget d’État bien rondelet pour régler locaux, déplacements, initiatives et une garde de collaborateurs… Désormais, nous savons que pour le président, toutes les femmes ne se valent pas.

Cette restriction perfide à l’encontre des femmes se conjugue avec la baisse de l’APL et la mise au pilon de 166 000 contrats aidés, mettant leurs bénéficiaires et leurs familles ainsi que les associations dans la douleur. Du côté des communes, la mesure a été dévastatrice, au point que les maires de l’île dea Réunion ont protesté en retardant la date de rentrée des classes, incapables qu’ils étaient d’assurer des services vitaux. Cette situation est partagée par de nombreuses collectivités, notamment rurales.

Cette vague d’austérité porte aussi en elle l’amputation de 300 millions d’euros de dotations dues par le gouvernement aux communes et collectivités, qui assument des charges incombant à l’État. Ce coup est terrible et fallacieux, car au cours de sa campagne électorale le président avait promis aux élus locaux de ne pas recourir à une telle mesure en 2017. Il leur a donc menti.

Cette perte sèche de 300 millions vient s’ajouter à la baisse des dotations de 11 milliards décrétée par la présidence précédente. Pour Montreuil, cette première mutilation avait eu pour conséquence d’appauvrir notre budget de près de 25 millions d’euros en cumulé depuis 2014. Avec l’aide des services municipaux et pour ne pas avoir à recourir à l’augmentation des impôts communaux, les élu-es de votre majorité avaient dû comprimer tous les postes, cherchant de nouveaux équilibres, différant des investissements, tout en préservant nos priorités municipales, qui sont l’éducation de nos jeunes, le soutien à nos anciens, la santé, l’emploi.

En matière budgétaire, nous étions donc déjà «à l’os».  L’amputation Macron de 2017, qui précède celle supplémentaire de 13 milliards d’euros prévu à partir de l’année prochaine, replonge votre commune dans les plus grandes difficultés. Elle nous confronte à des choix décisifs. De deux choses l’une :
- Ou nous sur-limitons le champ de nos interventions municipales avec toutes les conséquences inhérentes, et parallèlement nous augmentons les impôts.
- Ou bien nous nous rassemblons – pour faire front afin d’obtenir du pouvoir qu’il renonce à cette coupe claire, qu’il restitue à Montreuil l’argent qui lui revient légitimement.

Dans ce dernier cas, nous ne serons pas seuls.
Majoritairement, les communes refusent de devenir les variables d’ajustement pour satisfaire les critères suicidaires de Bruxelles et de la finance, qui veulent nous imposer un régime sec au prétexte de tenir les 3% de déficit budgétaire. Cette règle définie sur un coin de table en 1992 par des technocrates et des banquiers, quand nous connaissions alors un taux de croissance avoisinant les 2,5%. Depuis, nos pays se relèvent à peine de la crise de 2007 dans laquelle la finance mondiale spéculative les a précipités.

Face à la réalité des choix présidentiels, nos compatriotes ouvrent grands leurs yeux, aussi le président de la République ne recueille-t-il plus que 30 % d’opinions favorables et son Premier ministre 32%.

Transformer le mécontentement ultra-majoritaire en action, afin d’obtenir que l’un et l’autre reculent, notamment sur les amputations de dotations, entre désormais dans le domaine du possible.

Patrice Bessac, maire de Montreuil