Nous aimons la nature à Montreuil !

Je suis très heureux d’inaugurer cette 34ème édition du Salon Départemental du Jardinage à Montreuil dans ce magnifique Parc Montreau. Je remercie vivement l’AD93 et son Président M. Franck Dieu, d’avoir choisi de mettre ainsi à l’honneur la Ville de Montreuil. C’est un bon choix !Capitale régionale de la biodiversité en 2014, candidate à une « troisième fleur », on peut dire sans rougir que Montreuil a la main verte avec ses trois grands parcs (Montreau, Guilands et Beaumonts), ses Murs à Pêches, ses quelque 130 jardins familiaux qui s’étendent sur une vingtaine d’hectares, auxquels s’ajoutent une trentaine de jardins partagés et aussi des jardins d’insertion et même des jardins à vocation culturelle.

Nous aimons la nature à Montreuil !

Je voudrais d’ailleurs profiter de l’occasion pour saluer tous les jardiniers, professionnels et amateurs, dont bien sûr nos propres services communaux, et aussi tous les bénévoles et les associations, qui participent à faire vivre la nature dans nos villes. C’est une contribution essentielle au cadre et à la qualité de vie de l’ensemble de nos concitoyens.

Conçus à l’origine comme un moyen de lutter contre la pauvreté en offrant aux classes défavorisées de la société industrielle un complément de ressources, les jardins dans nos villes, furent de tous temps et ils le sont plus que jamais aujourd’hui, un lieu privilégié de convivialité et de partage.

Ils sont aussi un lieu d’innovation. Innovation agronomique, je pense par exemple à ces gens très astucieux qui parviennent à faire pousser d’excellents légumes en utilisant un minimum d’arrosage selon les méthodes de la permaculture. Imaginez ce que cela veut dire dans des pays qui souffrent de sécheresse. Innovation sociale, avec par exemple, les jardins partagés ou encore les jardins d’insertion. Mais encore innovation culturelle, quand on y découvre des pièces de théâtre ou des œuvres d’art plastique qui se mêlent à la nature.

Au fond un jardin, c’est un endroit où l’humanité se confronte à un défi millénaire : faire pousser sa nourriture, donner vie à un rêve de beauté et d’ordre naturel. « Un paysage s’offre à nous spontanément alors qu’un jardin c’est toujours l’expression d’une pensée sur le monde » comme le dit si bien le paysagiste-jardinier Gilles Clément.

A quelques mois de la Conférence Internationale de Paris sur le Climat, il nous faut aussi comprendre que la nature en ville, c’est essentiel pour relever les défis de notre temps. Nous connaissons par exemple en ville des « îlots de chaleur urbains », des endroits dans la ville où le thermomètre peut prendre plusieurs degrés par rapport aux moyennes régionales. Comme à Paris en 2003, avec 4º Celsius à 7ºC de plus qu’en petite couronne, en fin de nuit, et avec une différence de 2ºC à 4ºC selon les arrondissements parisiens. Cela va sans dire : cela affecte la qualité de vie des citadins, ainsi que leur santé. L’adaptation au dérèglement climatique, par la végétalisation des sols, des murs, toitures et terrasses, et par un urbanisme différent, est un enjeu pour l’urbanisme du XXIe siècle. Il nous faut des jardiniers pour faire tout cela, des jardiniers très pointus. En formons-nous assez ? Ne devrions-nous investir davantage dans des lycées horticoles de nouvelle génération dans une Région aussi exposée que l’Ile de France à ces phénomènes ?

On parle par ailleurs de plus en plus d’agriculture urbaine. Savez-vous qu’en Île-de-France, selon le CNRS, des recensements font apparaître que la surface totale des jardins associatifs pourrait atteindre celle de la surface de maraîchage professionnel. D’où vient cet engouement pour le jardinage ? Dans les enquêtes auprès des associations, la fonction alimentaire revient quasi systématiquement alors que cette dimension avait disparu chez les utilisateurs des jardins ouvriers à la fin des années 1990, davantage axés sur le loisir.

La crise économique de 2008 est passée par là. La pratique du jardin potager, sous toutes ses formes, représente ainsi une aide substantielle à l’alimentation de nombreux foyers urbains. En y rajoutant les 300 AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) que compte notre Région en 2015, cela commence à représenter une contribution intéressante en matière d’alimentation de qualité. Cela ne peut certes pas rivaliser avec les grandes régions agricoles d’où provient l’essentiel de notre consommation de produits maraîchers.

Mais, pour autant, la pratique du jardinage participe de la diffusion d’une réelle culture du développement durable, de la prise de conscience des limites de l’environnement et de la nécessité de pratiques plus respectueuses. C’est un des vecteurs bien concrets du changement de rapport des habitants à la ville et à la nature. Et cela n’est pas à négliger quand on voit arriver, dans les proches banlieues des villes américaines, des fermes industrielles géantes, à mille lieues de l’exigence que nous devons porter pour une alimentation de qualité et pour tous.

C’est un vrai défi que vous portez avec ce salon et j’ai bien conscience que ce n’est que la vitrine d’une immense activité tout au long de l’année. Et nous en profitons tous : à quoi ressembleraient nos villes si elles n’étaient pas fleuries, si nos parterre et nos jardins publics n’étaient pas entretenus et embellis en toute saison avec soin et professionnalisme, si les balcons et les fenêtres n’y allaient pas de leurs pots et de leurs jardinières multicolores ?

On y trouvera bientôt, me dit-on, un dahlia nommé Montreuil… Merci à Monsieur Jean Téoli, grand spécialiste du Dahlia, pour avoir rendu cela possible.

Félicitations aux pépinières Ernest Turc pour l’obtention de cette nouvelle variété. Et aussi bien sûr, tous mes remerciements à Mme Geneviève Pouplier, ancienne cultivatrice de dahlias dans les Murs à Pêches, qui nous fait l’honneur d’être la marraine de ce baptême.