À Montreuil, on ne jette pas l’éponge …

Lire Le Montreuillois

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Savez-vous que plus de six cents élus locaux du département du Gard ont démissionné du poste pour lequel ils avaient été élus en 2014 et que plus de cinq cents ont suivi le même chemin dans le Nord – Pas-de-Calais ? Cette vague concerne toute la France. Par son importance, elle est une première dans l’histoire de notre République.
Certes, au lendemain des élections, quelques défections se produisaient, qui avaient en général deux causes. La première émanait de candidats déçus de ne pas avoir été élus à hauteur de leurs ambitions, se retrouvant minoritaires quand ils visaient la direction des affaires municipales. La seconde, plus fréquente, tenait à la prise de conscience de l’engagement en temps et en énergie que réclame le mandat d’élu local.

La déferlante actuelle de démissions est liée au sentiment d’un grand nombre d’élus d’être dans l’incapacité matérielle de faire face, comme ils le souhaitent, aux réalités.
La raison sans cesse avancée est la baisse des moyens financiers dont disposent les communes, alors que les besoins des populations augmentent, notamment sous la pression de la crise sociale.
À l’exception des grandes métropoles françaises aux populations contenues et qui disposent depuis des décennies des infrastructures publiques conséquentes (écoles, équipements sportifs, logements…), pour nombre de communes, la distance qui sépare les moyens des besoins ne cesse d’augmenter.
Chacun comprendra bien que si les besoins des habitants de Neuilly-sur-Seine la bourgeoise et ceux de Montreuil sont les mêmes, en revanche les moyens de les satisfaire, eux, ne le sont pas. Dans le premier cas, une population à (très) hauts revenus pourvoit aisément à ses besoins en matière de logement, de santé ou de culture : désirer apprendre à jouer d’un instrument se règle avec des cours particuliers, et pour un week-end au ski on sait faire parler un carnet de chèques toujours bavard.

Chez nous, le scénario est franchement différent. Même dans les familles où les deux parents travaillent, chaque dépense est réfléchie. On garde toujours un œil sur le dernier relevé bancaire.
Chez certains d’entre nous, toujours plus nombreux passé le quinze du mois, il n’est plus besoin de regarder l’état des comptes, on sait que les voyants sont déjà dans le rouge. Pour les uns et surtout pour les autres, un bon restaurant scolaire, un conservatoire municipal de musique, un parc aménagé pour enfants, une place en maternelle, un logement décent à un prix acceptable à deux pas de Paris, un accès au ski pour ses adolescents et parfois, même, une aide financière d’urgence quand la coupure d’électricité ou de gaz menacent… constituent des éléments de vie nécessaires, voire indispensables.

Les prestations publiques sont donc là pour permettre à chacun d’accéder aux services qu’une société moderne doit à chacun d’entre nous au-delà des moyens propres dont il dispose. Les services publics corrigent en partie les inégalités que produit notre société dans l’accès à l’emploi, à la culture, dans le niveau des salaires… Pour répondre à cette mission, notre commune a besoin de ressources. Elles ont deux origines : les impôts locaux et les dotations de l’État en règlement des services que les communes font à sa place.

Or, vous le savez, l’État a décidé de nous priver de plus de 12,5 millions d’euros, une partie des sommes qu’il nous doit.
Du coup, nos comptes sont plombés. Certes, chaque euro que vous nous confiez doit avoir une utilité et une efficacité absolue, et notre gestion doit être rigoureuse et irréprochable. Mais faut-il
supprimer massivement des services dont nous avons vu qu’ils sont synonymes de mieux-vivre, d’égalité, de cohésion sociale, ou augmenter les impôts pour compenser les manquements de l’État ?

Nous refusons ce choix infernal qui pousse aujourd’hui des centaines d’élus à jeter l’éponge.
Avec l’association des maires de France et avec mes collègues du Front de gauche de la Seine-Saint-Denis, nous avons décidé d’interpeller les responsables de l’État. Nous réclamons d’eux qu’ils paient leur dû. Qu’ils mettent un terme à la politique d’austérité dont on constate qu’elle n’apporte que chômage supplémentaire et souffrances sociales.
Pourquoi refuser d’entendre notamment Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, déclarant que l’austérité et son corollaire, la baisse des dépenses publiques en France, sont économiquement et socialement suicidaires ?

Il faut permettre aux communes de faire vivre dignement leurs habitants, de jouer leur rôle de régulateur de l’économie, car cette dernière dépend à 70 % de la commande publique. J’aurai besoin de vous pour faire valoir, dans l’intérêt de chacune et de chacun d’entre nous, ces demandes de bon sens et d’humanité.