Moins il y a de culture, moins il y a de démocratie …

Ma tribune publiée dans le journal l’Humanité, à l’occasion du trentième anniversaire du salon et de la presse jeunesse qui se tient à Montreuil du 26 novembre au 1er décembre.

Qui aurait pu imaginer, il y a trente ans, qu’une poignée de militants montreuillois de l’action culturelle accompagnés d’élus donneraient naissance à un événement de l’ampleur du Salon du livre et de la presse jeunesse, le premier et le plus grand du genre en Europe ! Aujourd’hui la littérature jeunesse sous toutes ses formes représente un formidable essor tant par sa créativité que par l’importance de son économie globale. Et le Salon du livre de Montreuil a sans aucun conteste une part de responsabilité dans cette réussite.

Cette belle aventure est la preuve, s’il en fallait, que des acteurs culturels visionnaires et audacieux sont en capacité d’impulser des événements structurants et enthousiasmer les publics, et quand ils rencontrent des élu-e-s locaux à l’écoute et que les politiques publiques suivent. Cela a du sens et peut produire le meilleur. Le livre est souvent pour les enfants le premier vecteur de culture, c’est une porte ouverte sur l’imaginaire et sur le monde, c’est un outil de partage et de socialisation. Il participe de l’épanouissement et de l’émancipation de chacun-e, le promouvoir et le diffuser, comme le fait le Salon de Montreuil, est indispensable. Nous sommes fiers d’être les héritiers de ce bel événement qui a trente ans aujourd’hui et encore de belles années devant lui à Montreuil. Depuis des décennies, des villes comme Montreuil, des départements comme celui de la Seine-Saint-Denis et des régions comme celle de l’Île-de-France ont mis en place des politiques publiques de la culture, à l’initiative et avec la participation active d’élus communistes, pour soutenir les équipes et structures artistiques permettant une diffusion au plus près des populations. Aujourd’hui ces politiques sont en danger. Les nombreux exemples de remise en cause des politiques culturelles par les équipes municipales de droite nouvellement élues dans le département prouvent que des choix populistes peuvent balayer d’un revers de la main des années de construction et de travail au service de la création et des habitants. Parce qu’à Montreuil, forts de nos équipements et des milliers d’artistes vivant dans notre ville, nous défendons la création et considérons l’action culturelle comme un outil indispensable à l’éducation populaire, nous souhaitons que les politiques publiques de la culture, uniques sur le département, se poursuivent.

La crise profonde et les difficultés que subissent bon nombre d’habitants risquent de faire passer au second plan les questions culturelles, or nous pensons avec Régis Debray que « moins il y a de spectateurs, moins il y a de citoyens » et que moins il y a de culture, moins il y a de démocratie. La baisse drastique des dotations de l’État aux collectivités, la réforme territoriale et les politiques d’austérité risquent de fragiliser le secteur culturel. Dans cette période où les idées rétrogrades et les replis sur soi sont à l’œuvre, les créateurs, les habitants avec les élu-e-s doivent s’emparer ensemble de ces enjeux et devront porter haut et fort les questions de la culture, des arts et de la création, notamment à l’occasion des prochaines échéances en Seine-Saint-Denis.