L’important n’est pas ce que l’on porte sur la tête, mais ce que l’on a dedans !

On a beau connaître l’extrême droite, elle n’en finira pas de nous surprendre. Un trop bref échange m’a opposé sur France 2 à Madame Le Pen le 9 février dernier. Il portait sur la volonté de la représentante de l’extrême droite d’interdire jusque dans la rue tout «signe religieux», alors que la loi délimite la règle aux établissements publics. Ce faisant, nous savons pertinemment qui est visé par la fille de Jean-Marie Le Pen.
Lors de cet échange, je lui ai présenté la photo de Madame Latifa Ibn Ziaten, qui est venue animer un débat à Montreuil.

Cette femme, cette mère, a vu son jeune fils Imad tomber sous les balles d’un assassin se réclamant d’une pratique violente d’un « islam » que l’extrême majorité des musulmans rejette.
Comme ceux-ci récusent majoritairement la pratique qui consiste à enfouir les femmes dans des linceuls et à les soustraire à la vie publique. Cette mère, donc, est venue dans notre ville à la rencontre des Montreuillois, jeunes et moins jeunes.
L’objet de sa visite : débattre et dénoncer l’instrumentalisation de la religion, des religions, à des fins criminelles et liberticides, et prôner la nécessité de la tolérance et du bien-vivre ensemble. En l’écoutant, les mots d’Égalité entre les êtres, de Fraternité et de Liberté devenaient vivants. Latifa Ibn Ziaten les a fait passer dans la vie, dans nos vies. Et, de l’avis même de ceux qui ont participé à cette soirée, la salle du collège Lenain-de-Tillemont s’en est trouvée bouleversée et convaincue.

Ce soir de janvier, à Montreuil, Latifa Ibn Ziaten, coiffée d’un foulard, a fait vivre les valeurs fondamentales de notre République.
J’ai cru faire appel à l’intelligence de la représentante de l’extrême droite en lui exposant ces faits et lui exprimer ainsi que la valeur des individus ne pouvait se résumer aux seuls signes extérieurs.
Entre 1940 et 1944, en France, il s’est trouvé des prêtres en soutane, des pasteurs affichant la croix et des laïcs qui ont payé de leur vie leur protection des juifs persécutés par le nazisme allemand et leurs complices de Vichy encensés par Le Pen père. Des milliers de tabors marocains, d’Algériens, de Subsahariens sont tombés au champ d’honneur pour libérer notre pays du joug fasciste. Pour rebondir sur les mots d’un poète : résistants ou engagés, ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha, Samuel et Mohammed. Certains priaient Jésus, Jéhovah, Vishnou ou Mahomet, d’autres ne priaient pas, « mais qu’importe le ciel, ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ». Nous leur devons de vivre libres.
C’est le drapeau de ce combat éternel de la liberté partagée que Latifa Ibn Ziaten a repris sans fracas et avec la force tranquille d’une mère meurtrie et ayant rejeté l’esprit de vengeance pour celui de la concorde.

Latifa Ibn Ziaten nous rappelle que l’important tient moins à ce que l’on porte sur sa tête que ce que l’on a dedans.
Ainsi, cette belle dame vaut mille fois mieux que Marine Le Pen, qui diffuse le venin de la division. Cette dernière veut mener dans la rue la chasse à la kippa, à la croix et au voile, et un jour, sans doute, à la minijupe… Elle veut faire croire aux Français qu’elle les protégera ainsi des intégrismes.
Mensonge, sottise et enfumage. Elle ne créera que crispations, tensions et violences, donnant du grain à moudre aux intégristes de tout poil.
Si ceux-ci doivent et peuvent être empêchés de nuire, c’est par le respect implacable de la liberté de chacun de croire ou de ne pas croire. La bonne sœur coiffée d’une cornette ou ayant une croix en bandoulière doit-elle pouvoir circuler sans crainte dans la rue ? Autre chose est de les porter, d’afficher ostensiblement des signes religieux ou autres si l’on est dans une école publique, à l’accueil d’une administration, dans le cadre d’un service public.
Dans ce cas, par respect pour ce que sont et pensent les autres, la neutralité s’impose. C’est d’ailleurs ce qu’exige de nous la loi sur la laïcité. La laïcité, ce bien commun qui permet non pas d’interdire mais de respecter la croyance et la non-croyance.

Surfant sur le désarroi de nos compatriotes, Marine Le Pen les braque, les polarise sur des comportements marginaux, déviant ainsi leur attention des causes de leurs maux les plus vifs.
À juste titre, beaucoup d’entre nous constatent que dans un monde de plus en plus riche, la vie devient plus dure, l’avenir plus incertain. La candidate de l’extrême droite se garde bien de désigner le véritable responsable de cet état : un système capitaliste de plus en plus déshumanisé, où l’accaparement individuel du travail collectif est devenu une science. Un système qui n’hésite pas à licencier à tour de bras, afin de donner toujours plus de dividendes aux actionnaires.

L’Ėtat lui-même s’est mis au service des nantis.
On dépouille de dotations de l’État les budgets des communes comme celle de Montreuil (11,5 millions d’euros) pour verser 48 milliards de CICE* à des grands groupes industriels et financiers, qui croulent déjà sous les profits. Et pour quels résultats ?
La croissance est en panne, le pouvoir d’achat des salariés et des pensionnés stagnent, le chômage est toujours aussi massif. Seules les inégalités augmentent.

S’attaquer courageusement au mur silencieux et mortifère de l’argent qui nous étouffe, qui bloque les portes de l’avenir de chacun et de la nation : cela n’existe pas dans la bouche de Le Pen.
Et pour cause, derrière sa grandiloquence et sa phraséologie volée à de vrais défenseurs du peuple, les forces silencieuses qui la soutiennent tiennent pour partie les cordons de la Bourse.

La Liberté, l’Ėgalité et la Justice sociale sont indissociables.
Les faire vivre concrètement, au quotidien, c’est le bon moyen pour vaincre les intégrismes, tous les intégrismes religieux, nationalistes ou économiques, comme cette dictature des marchés qu’on nous inflige.

Conjuguer nos différences, surmonter ensemble les difficultés, s’entraider, construire une vie de quartier, une ville, faciliter l’accès de chacune et de chacun à l’éducation, à la culture, au sport, travailler individuellement ou collectivement au bien-vivre ensemble…
Voilà à quoi Montreuil s’emploie.
Voilà à quoi travaille quotidiennement l’équipe municipale que vous avez élue.
Cette addition d’efforts est le contre-poison à la discorde et aux desseins antisociaux et antidémocratiques de l’extrême droite, désormais menaçante.

Patrice Bessac