Le Méliès : un grand désir de cinéma

Bravo à Stéphane Goudet, bravo à toute l’équipe du cinéma Le Méliès ! En accueillant la millionième spectatrice, vous avez démontré que la bataille pour faire vivre ce joyau du cinéma était juste.

Un million de spectateurs en trois ans d’activité, c’est un énorme succès. Ce succès est le résultat d’un parti pris culturel et politique audacieux. En 1986, alors que les cinémas de banlieue se transformaient un à un en parkings et en supermarchés, la municipalité de gauche conduite par Jean-Pierre Brard a racheté les salles privées Georges-Méliès installées à la Croix-de-Chavaux. Son objectif : préserver, en le finançant en partie, un outil de la culture populaire. Les premiers pas furent hésitants, difficiles. Certains, au sein même de l’hôtel de ville, estimaient que Le Méliès était pour nous « un luxe ». Il aura fallu la ténacité de très nombreux Montreuillois, d’associations comme Renc’Art au Méliès et des personnels du cinéma pour qu’il survive. Nous fûmes de ce combat. Toutes ces bonnes volontés, conjuguées à l’engagement de la nouvelle équipe municipale sortie des urnes en mai 2014, à celui, décisif, d’Est Ensemble et de son président Gérard Cosme, et à ceux de la région Île-de-France et du Centre national du cinéma, ont permis que cet outil indispensable du 7e art perdure et se développe grâce, évidemment, à un public qui a su répondre présent.

Aujourd’hui, nul ne songerait à contester la nécessité du Méliès. Il ne divise plus, il rassemble. Et c’est pour moi l’essentiel. Lorsque je me suis présenté à vos suffrages en 2014, j’ai dit clairement que notre but unique était de servir les intérêts de chaque Montreuillois en rassemblant. L’acuité des problèmes auxquels nos habitants sont confrontés et l’ampleur des besoins sociaux, économiques, culturels et éducatifs sont telles qu’elles rendent les politicailleries et les ambitions personnelles hors sujet. Construire et faire vivre une ville qui s’attaque aux inégalités, qui s’emploie à offrir à chacun le maximum de moyens pour s’y épanouir, exigent le rassemblement de toutes les intelligences, de tous les savoir-faire de notre commune. C’est à cela que nous nous employons chaque jour.

Nous vivons actuellement des moments importants et graves. Un ras-le-bol généralisé se manifeste, avec ou sans gilet. Le président de la République porte une lourde responsabilité dans les événements. En moins de deux ans de macronisme, les inégalités se sont aggravées, les communes ont été appauvries. Dans ce contexte, le président lance un débat national. Débattre est indispensable, mais il ne peut s’agir d’une opération de communication et d’une nouvelle imposture. Or, ni le montant du Smic, ni l’assurance chômage, ni les retraites, ni la question du rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF) ne sont inscrits au débat, les choix, nous dit-on, ayant été faits ! Pas question non plus d’aborder le pillage de 57 milliards d’euros, fruit du travail collectif, au profit d’actionnaires. Le président reste sourd à la proposition que nous lui avons signifiée d’inscrire cette restitution dans le débat national. Nous ne lâcherons rien de ce combat pour la justice sociale et le maintien du tissu culturel.

Lors de l’inauguration du nouveau Méliès, nous disions que le cinéma nous aide à être heureux. Parce qu’en nous permettant d’entrer dans les désirs et les mondes d’un réalisateur qui espère nous les faire partager, il libère notre imaginaire, il brise les murs de l’impossible, il augmente la vie de chacun d’autant de vies possibles. Un film, c’est toute une alchimie de passion, de travail et d’audace. C’est un producteur qui lui permet de voir le jour, ce sont des comédiens et une foule de techniciens qui le portent. Et c’est un public, ce public que Georges Méliès a emmené dans son rêve de Voyage dans la lune !

Ce rêve audacieux, il s’incarne aujourd’hui, et pour longtemps, dans notre cinéma qui porte son nom.

Patrice Bessac