La question n’est pas de savoir de quelle couleur est notre peau, mais ce que l’on fait d’elle …

Eric Zemmour est un bien piètre personnage. Et nous aurions, vous et moi, bien mieux à faire que parler de lui si les médias ne lui tendaient pas leurs micros ou ne lui livraient pas leurs colonnes pour qu’il y déverse des propos souvent aussi pénibles que fielleux.

Sa dernière éructation, Zemmour l’a lâchée sur BFMTV, en déclarant : «À Drancy, à Montreuil, dans le 18e arrondissement, à Stains, partout ! Il n’y a quasiment plus de Français blancs», et proposant à ses interlocuteurs passablement ébahis d’aller vérifier sur place.
Yann Barthès, journaliste et producteur de l’émission satyrique «Quotidien» sur TF1 et TMC, l’a pris au mot.
Il a envoyé des reporters dans les rues de notre ville pour soumettre les paroles zemmouriennes à nos habitants. Pour ceux qui les découvraient, le rire succédait rapidement à la sidération. Leurs réactions furent un vrai régal.
En lâchant sa phrase ignominieuse sur un plateau de télé, Zemmour tente, en fait, d’accréditer l’idée que nous serions menacés par des «êtres exogènes».

C’est la même théorie du complot qu’on retrouve chez Robert Ménard, chez les Le Pen, dans toute l’extrême droite liberticide française et désormais à la Maison Blanche, où Donald Trump a nommé comme haut conseiller et responsable de stratégie Steve Bannon, partisan de la soi-disante «supériorité de la race blanche».

Ces postures ne sont pas nouvelles. Nous les connaissons et, surtout, nous savons où elles conduisent.
En France, autour des années 1900, un jeune capitaine français fut accusé d’avoir trahi notre pays au profit de l’Allemagne, qualifiée, à l’époque, d’ennemie héréditaire.
Son nom : Alfred Dreyfus.
Parmi les journalistes et les intellectuels nationalistes qui exigèrent son châtiment suprême, on trouva Maurice Barrès, fréquentant comme notre impétrant les colonnes du Figaro. Il déclara : «Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race». Dreyfus était juif et donc, aux yeux de Barrès et de ses coreligionnaires, intrinsèquement traître, coupable, donc condamnable. La vérité fut faite ; le vrai auteur du méfait, le commandant Esterhazy, confondu, puis Alfred Dreyfus, gracié, non sans avoir été interné six ans au bagne mortifère de Cayenne.
Si l’on ose dire, ici l’histoire se termine bien. Il en sera tout autrement quand un Céline écrira : «Comptez sur moi pour mettre Juifs, Jésuites, maçons, synarchistes, […] dans le même bateau et sans fond et dans les eaux de Nantes !» ; ou quand l’écrivain Paul Morand étalait son antisémitisme et son dégoût des «Métèques».

L’un et l’autre réclamaient «une France purifiée».
Leurs demandes furent entendues. Chez nous entre 1940 et 1944, elles conduisirent des dizaines de milliers d’êtres à la chambre à gaz et les «Métèques» du groupe Manouchian sous les balles allemandes.
Parce que nous avons la mémoire longue, nous combattons ces idées assassines.

Les Montreuillois interrogés par le «Quotidien» de Yann Barthès l’ont fait eux aussi de belle manière : par le rire et la sérénité.
Cela n’est pas fait pour nous étonner. Il n’est qu’à se reporter autour de soi pour constater – sans angélisme et sans nier les problèmes – que les délires de M. Zemmour n’ont pas prise chez nous.
Voici quelques témoignages d’habitants recueillis dans les pages «Mon Montreuil à moi» du journal Le Montreuillois.
– Danièle Klein, attachée de presse, présidente de l’Association française des victimes du terrorisme : «Montreuil, c’est cette facilité de se parler, de s’entraider, d’aller vers la culture de l’autre».
– Gilles Van Kote, journaliste, ancien directeur et toujours cadre du journal Le Monde : «Je suis heureux que mes enfants aient pu se mêler à des cultures différentes».
– Giorgio Molossi, syndicaliste et ouvrier à la retraite : «Je suis amoureux de Montreuil, dont les habitants sont le fruit, même ceux qui viennent d’ailleurs». Il raconte qu’il s’est opposé à ceux qui, dans les années 1980, pensaient qu’avec l’arrivée des cités à la Boissière, il fallait ériger une milice citoyenne ! …
– Swift Guad, rappeur : «Montreuil… le partage est ancré dans cette ville, une ville où il est permis à tout le monde de rêver.»
Oui, à Montreuil il est permis de rêver, de rêver et de faire.
Car l’important dans la vie, ce n’est pas de savoir de quelle couleur est notre peau mais de savoir ce que l’on fait d’elle.

Monsieur Zemmour, vous avez choisi de faire de la vôtre une peau de chagrin. En réalité vous êtes habité par la peur et sa cohorte de frustrations, par le rejet d’autrui.
Mauvais choix. Cela vous a conduit à une condamnation pour provocation à la haine par la justice de notre pays.
Cela va sembler gnangnan, mais j’ai presque envie de lui dire : «Revenez à la source puisque vous déclarez être né ici !».  Sûr qu’après un bon et long séjour parmi nous, vous irez mieux.
À Montreuil, notre potion magique, c’est la confiance et le désir partagé de vivre ensemble le mieux possible.