Inauguration du nouveau Méliès : le cinéma nous aide à être heureux

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Chères Montreuilloises et chers Montreuillois, le cinéma nous aide à être heureux.

Et pas seulement parce qu’il peut faire couler de l’eau de rose dans nos veines  quand les sentiments les plus généreux envahissent l’écran.
Non, il nous rend heureux parce qu’il est le résultat d’une alchimie qui est le moteur de la vie.  Il conjugue: le désir et l’audace.
Le désir et l’audace d’un auteur d’écrire ses états d’âmes, ses observations.
Le désir et l’audace de nous livrer son regard sur les êtres, les choses et notre monde.
Le désir et l’audace d’un réalisateur pour donner corps à ce regard.
Le désir et l’audace d’un comédien d’incarner ces visions.
Le désir et l’audace aussi d’un producteur pour convaincre qu’il faut payer le prix de ces désirs conjugués pour les faire partager au plus grand nombre.

Ce sont ces désirs associés, ces audaces rassemblées qui donnent vie à un film au cinéma.
Le cinéma brise les murs de l’impossible.
Il libère les imaginations. Il était capable de nous transporter dans l’espace avant même que la science puisse l’envisager.
C’est ce que faisait Georges Méliès – que nous célébrons aussi aujourd’hui  – quand il invitait ses contemporains à un « Voyage dans la lune » alors que son 19e siècle venait tout juste de s’essayer au ballon non dirigeable.
Merveilleux Georges Méliès ce pionnier du 7ème art et dont nous accueillons l‘arrière petite fille Anne- Marie Quevrain.

Mesdames et Messieurs, cher-es ami-es le cinéma est une leçon du vouloir.
Il est une sorte de contre modèle heureux et salvateur dans une époque où tout nous incite à accepter les choses et monde tel qu’il est.
A « faire avec »,  en espérant trouver son propre confort fusse au prix de l’inconfort du voisin pour ne pas dire pire.
Montreuil n’est pas faite de ce bois-là.
Montreuil est aussi l’enfant de Méliès, celui du désir et de l’audace.

C’est bien parce que nous n’avons pas voulu nous fondre dans le moule du « pragmatisme » et du « pseudo réalisme » pairs du conservatisme et garant des injustices perpétuées que nous nous trouvons rassemblés pour inaugurer cet ensemble consacré au 7ème art et à la culture et que Jacques Audiard a qualifié lors de sa visite de « merveilleux ».

En 1986, alors que le cinéma français souffrait, quand les cinés de banlieue agonisaient et se transformaient en « parkings- supermarchés »  ici, à Montreuil, la municipalité de gauche a décidé de racheter 3 salles appelées à disparaître.

Ce achat -décrié à l’époque- était un défi :  celui de faire vivre le cinéma de création au cœur de cette commune populaire celui de faire vivre la culture ici.
Ce faisant notre cité a été modestement mais sûrement un précurseur du plan cinéma que le ministre de la culture Jack Lang lancera trois ans plus tard.
Ce plan redonnera au cinéma français un avenir en l’arrachant  en quelque sorte  au sort funeste que lui promettait la seule loi du marché et du taux de profit maximum.

Une loi du marché dont on nous dit à tort aujourd’hui qu’elle serait l’alpha et l’oméga, la seule alternative de notre société.

C’est encore « la volonté», le vouloir commun de notre municipalité, de notre communauté d’agglomération Est Ensemble, de la Région Île-de-France et du CNC qui ont permis d’aboutir à cet ensemble unique que Montreuil toute entière et vous-mêmes inaugurez aujourd’hui.

Vous le savez l’histoire récente du Méliès ne fût pas un long fleuve tranquille, le Méliès est même devenu le champ clos d’affrontements qui l’ont un temps stérilisé.
Les Montreuilloises et les Montreuillois ont su se donner les moyens pour que la raison et l’intérêt général prévalent à nouveau,  pour que l’aventure d’un Méliès enfin apaisé reparte, qu’il retrouve sa vocation pleine et entière : faire aimer le cinéma de création.
Avec ce nouveau Méliès, nous voulons donner concrètement raison à Woddy Allen quand il encense notre pays pour notre amour du cinéma d’auteur.

Nous voulons faire de notre cité un pivot du 7ème art pour le bonheur cinématographique des Montreuillois eux-mêmes.

Pour le bonheur de toutes celles et de tous ceux qui en Seine-Saint-Denis, en Ile-de- France et au-delà aiment et font le cinéma .

Jonathan Demme, le réalisateur du film le « Silence des agneaux » nous rappelle que  le cinéma a trois fonctions vitales :
« primo : divertir et c’est une noble entreprise nous dit-il.
secundo : faire réfléchir grâce à une fiction qui ne privilégie pas seulement le divertissement.
et tertio : être un miroir de l’existence ».

Jonathan Demme a raison de dire que ces fonctions sont vitales. Car elles concourent à la compréhension de notre humanité.
En nous cultivant sur nous-mêmes, le cinéma nous émancipe.

Mesdames, Messieurs, mes chers ami-es,  dans ces moments de crise civilisationnelle que nous traversons, nous avons plus que jamais besoin de la culture.

« Quel est le grand péril de la situation actuelle ? »

Cette question vraiment d’actualité notre grand Victor Hugo la posait déjà comme député face à une Assemblée Nationale à laquelle le gouvernement de l’époque réclamait des coupes budgétaires tous azimuts pour faire face à une des premières grandes crises cycliques du système.

« Le plus grand péril » disait-il c’est l’ignorance  ( )
« L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts ».
Et Victor Hugo poursuivait :  « C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes ».
Et l’auteur des Misérables de déclarer je le cite encore  « Et c’est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu’on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l’ignorance ».

« Quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire dans le monde moral et qu’il faut allumer des flambeaux dans les esprits ? »
Concluait Victor Hugo en réclamant que la culture  «  le pain de l’esprit » soit épargnée du plan de coupes budgétaires.

Le Méliès est l’un de nos flambeaux de l’esprit dans un Montreuil qui en compte par bonheur beaucoup.

Mais encore faut- il qu’on permette à toutes ces lumières de la culture et de la  connaissance partagée de briller et pour cela qu’on leur en donne les moyens ou tout du moins qu’on ne les prive pas de ressources.

Nous avons été nombreux dans cette salle à dire et même à réclamer que la culture dispose d’un 1% du budget national.

Avoir l’audace de transformer ce désir en réalité nationale ferait l’honneur de ses artisans.

Ici à Montreuil nous nous sommes fait un devoir de cultiver la culture, ses « flambeaux de l’esprit ».

Nous lui consacrons plus de 5% de notre budget alors que nous sommes sous une contrainte financière inédite.

Pas un enfant scolarisé à Montreuil n’échappe pourrait-on dire à une pratique artistique.

Notre Méliès est une pièce maîtresse de cette réalité qui nous vaut une attention particulière, une réputation culturelle dont nous sommes fiers.

Le Méliès et ses 6 salles d’art et d’essai vient donc s’ajouter au centre d’art dramatique qui lui fait face.
Et s’agréger aux dizaines de lieux et aux dizaines d’associations culturelles qui irriguent tous nos quartiers.

Chez nous,  la culture a une réelle dimension populaire et nous nous voulons la déployer toujours et encore en particulier là où on ne la réclame.
C’est à mes yeux un devoir d’humanité.

Aujourd’hui est un jour joyeux, plein d’espoir.
Et souvenons-nous que ce jour ne tient pas du miracle mais bien du vouloir, d’une volonté commune qui a rassemblé autour de cette réalisation ce que notre ville, ce que nos collectivités territoriales et ce que le monde du cinéma compte de meilleur.
Il y a les animateurs du Méliès, les élus de nos collectivités, les concepteurs, les ouvriers les techniciens qui ont édifié cet ensemble, les associations  qui au fil des ans ont préservé et défendu ce cinéma à nul autre pareil, le personnel communal et intercommunal qui a su mettre ses compétences à son service, les artistes qui en ont fait un lieu d’expression et d’échange, les spectateurs qui s’y nourrissent l’esprit, et qui par leur assiduité, leur fidélité lui permette d’exister.
OUI, le Méliès est une œuvre collective.
Derrière ces fonctions, derrière tous ces acteurs que j’ai cité, il y a des noms,  beaucoup de noms, trop, pour qu’ils soient tous cités ce soir mais qu’il faut remercier sincèrement.

Alors permettez-moi d’en citer deux : celui de Solveig Anspach et celui Marie-Thérèse Cazanave dont l’amour du cinéma et du Méliès ont été exemplaires et ô combien utiles à son existence et qu’on aurait tellement voulu avoir a côté de nous à cet instant.

Mesdames, Messieurs, chèr-es ami-es, je vous remercie de réserver vos applaudissements à Solveig et à Marie-Thèrese.
Je vous remercie de réserver vos applaudissements à toutes celles et à tous ceux qui sont l’âme du Méliès de Montreuil.

Et à toutes les Montreuilloises et les Montreuillois qui sont les garants de son futur.

Un futur qui à l’image du cinéma doit désormais briser les murs de l’impossible pour construire un avenir commun positif.