Hommage à Pierre Bussone

Pierre Bussone est un fils de Montreuil. Un enfant adopté certes, comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous, puisque Pierre était né à Pendé sur ses dures terres de la Somme, mais un fils on ne peut plus légitime de notre ville. Il en était presque le portrait robot. Un personnage issu du peuple, appartenant au monde âpre du travail, celui des années 50- 60, ces années de l’après guerre et des « 30 glorieuses » où Montreuil était une fourmilière d’entreprises. Une cité joyeuse et une cité rebelle où il a décidé de poser son sac.

Un sac devenu bien lourd pour Pierre Bussone à son retour d’Algérie que la guerre ravage. Une guerre dont il va vivre les horreurs à 20 ans et pendant 24 longs mois. Elle sera sa matrice.

Pour Pierre cette guerre d’Algérie est une déchirure. Car, il est de cette génération de la deuxième guerre pour laquelle les mots liberté et indépendance nationale ne sont pas des vues de l’esprit.

Et le voilà, a 20 ans, jeté comme des centaines de milliers d’autres jeunes français dans la mêlée épouvantable d’une guerre coloniale qui va à l’opposée de ses valeurs humanistes, de son engagement politique au sein du parti communiste français. Un parti dont il est un membre déterminé. Un parti qui réclame à corps et à cri « la paix en Algérie » et qui pour toute réponse verra les siens matraqués à mort un soir de novembre 1961 au métro Charonne sur ordre du préfet de police Paris le tristement célèbre Papon.

La guerre d’Algérie, ceux qui en reviennent sont souvent brisés, aigris. Pierre n’échappe pas à la douleur, au traumatisme, mais il y puisera une aversion définitive pour la guerre, pour le colonialisme qui asservit les peuples, pour ces puissances d’argent qui n’hésitent pas à sacrifier les enfants du peuple pour leurs seuls intérêts.

La force de Pierre Bussone sera de transformer cette aversion en un désir et en volonté d’agir pour la paix, pour la liberté des peuples. Ces aspirations humanistes le conduiront à soutenir celles et ceux qui dans le monde réclament ou imposent parfois au prix de leur sang ces exigences d’indépendance et de liberté. C’est ainsi qu’on retrouvera Pierre souvent en tête des manifestations qui sillonnent Montreuil ou le Paris des années soixante pour réclamer « la Paix » pour le Vietnam envahi par la superpuissance américaine.

Comme l’Algérie, le Vietnam occupera une place particulière dans le cœur de Pierre Bussone.

Après la victoire du peuple vietnamien, il va participer d’une façon décisive au travail du comité français pour le Village de l’amitié Van Canh où sont soignées les victimes de la guerre chimique menée par Washington contre les vietnamiens et qu’on connait sous le nom « d‘agent orange ». Une guerre chimique qui -43 ans après les faits et alors même que je prononce ces paroles- continue à provoquer la naissance d’enfants durement handicapés. Ce crime contre l’humanité -qui n’aura de cesse de révolter Pierre – ce crime contre l’humanité reste-ce 19 juin 2014-toujours impuni.

Je l’ai dit : la guerre coloniale conduite en Algérie marquera profondément Pierre Bussone et des centaines de milliers de jeunes français contraints d’y prendre part. Pierre fut un homme d’une grande lucidité. Il a toujours considère que les soldats du contingent envoyés en Algérie étaient les victimes de décisions politiques contraires à l’intérêt du peuple de France. Il s’est donc toujours battu pour que les « Appelés » ne soient pas en quelque sorte : victimes d’une double peine.

La première peine qui est celle d’avoir été contraints de faire cette guerre. La seconde peine : que leur sacrifice ne soit pas reconnu comme tel par l’état français c’est-à-dire qu’on ne leur reconnaisse pas notamment le statut d’ancien combattant.

C’est pourquoi il s’engagera dans l’ARAC où il a mené une action exemplaire comme vous -ses camarades- ici présents savez l’exprimer avec pertinence et force détails.

J’ai dit que Pierre Bussone était un fils de Montreuil. Il a été un bon fils, généreux à l’égard de sa cité. Il l’a été par qu’il a n’a eu de cesse – comme militant, comme citoyen- de se mettre au service du bien commun. Ce faisant, il a forgé le visage et l’âme de notre ville où les mots coopération, solidarité et partage ne sont pas des mots en l’air.

Je considère pour ma part, que je suis un humble héritier de Pierre Busonne et de ses camarades, de tous les siens. J’ai le devoir de faire vivre ces trois mots coopération, solidarité, partage. Les faire vivre dans les circonstances de la crise actuelle dans laquelle le système nous a plongés. Une conjoncture certes moins violente, mais pas moins dramatiques pour ceux qui la vivent dans leur chair : les sans emplois, les travailleurs pauvres, et au-delà pour celles et ceux que l’avenir inquiète. Nous devons individuellement et collectivement faire vivre ses valeurs à tout prix, parce qu’elles sont la seule issue humaniste à la crise, la seule voie pour échapper aux conséquences inimaginables du « chacun pour soi… » où veulent nous entrainer des forces politiques aveugles ou des obscures prêtent a en finir avec la démocratie et l’égalité deux piliers dans la vie de Pierre.

Pierre Bussone, au nom des Montreuillois que j’ai l’honneur de représenter, je te remercie pour ce don de toi, pour ton héritage. Je te remercie d’avoir été.