Forum des projets urbains de Montreuil

10380751_743594685758833_6709432284095208269_nBienvenue à ce premier Forum des Projets Urbains de Montreuil.

Un an après le début du mandat, nous avons souhaité, avec mon adjoint à l’urbanisme Gaylord Le Chequer, avec la municipalité, partager largement l’état de nos réflexions sur les futurs projets urbains montreuillois et permettre à chacun d’en saisir les enjeux et de donner son avis.

Je remercie tous les intervenants d’avoir accepté de se prêter au jeu, et en particulier Gérard Cosme, le président de la communauté d’agglomération Est Ensemble, avec lequel nous travaillons quotidiennement sur de nombreux sujets parmi lesquels l’aménagement et l’habitat, et notre grand témoin, Paul Chemetov, architecte et urbaniste de renom, qui est intervenu sur plusieurs opérations à Montreuil parmi lesquelles l’actuel centre administratif Opale.

En introduction, je souhaiterais non pas vous parler des grands enjeux d’architecture ou d’urbanisme de la ville, Paul Chemetov le fera bien mieux que moi, mais plutôt des grands enjeux humains qui sous tendent les décisions que nous prenons aujourd’hui en matière d’aménagement et qui engagent la vie de plusieurs générations de Montreuillois.

Parler d’urbanisme aujourd’hui, c’est parler de ce que vivent, ce que subissent les habitants de nos quartiers.

Des violences symboliques et des violences sociales extrêmement fortes.

Des violences qui trouvent, les dernières élections départementales en sont le témoin, une expression dans l’abstention très forte qui a frappé la Seine-Saint-Denis, nos quartiers populaires tout particulièrement, et Montreuil n’en est pas exempt.
Cette abstention c’est l’expression d’un désarroi. C’est l’expression de cet apartheid social, le mot choque mais il est fondé, cet apartheid qui a fini, décennies après décennies, par structurer le paysage de nos territoires. Cet apartheid, c’est la conséquence, entre autre chose, d’un urbanisme qui, tout en répondant aux problématiques de son temps, celles des années 60-70-80, n’a pas su anticiper les grandes mutations de nos territoires et a contribué de fait aux difficultés et au sentiment de relégation qu’éprouve une grande partie de nos concitoyens.

Ne nous y trompons pas. Cette abstention de 61% sur Montreuil est une expression politique et citoyenne. C’est une alerte, un signe pour tous ceux, urbanistes, politiques, entrepreneurs, citoyens, qui font, aujourd’hui, nos villes de demain.

Pour chacun d’entre nous, le temps de l’examen de conscience est venu. Le temps également des propositions nouvelles, des innovations, pour permettre à notre société de sortir par le haut de la zone dangereuse du repli sur soi, des ségrégations et de la conflictualité.

Réintégrer, ré-impliquer les citoyens dans les décisions qui les concernent, leur permettre de se ressaisir de la chose publique. C’est notre objectif.

Pour les projets urbains comme pour le reste nous n’avons à Montreuil qu’un fil rouge, celui du rassemblement, de la proximité et de l’innovation.

A Montreuil nous avons 14 quartiers bien distincts, autant de villages, autant d’identités. Il nous appartient de respecter et de faire vivre cette pluralité. Elle fait partie de l’Histoire de notre ville.

De la même manière que chaque individu doit pouvoir exprimer sa personnalité au sein d’une société, nos quartiers ont besoin de se vivre dans leur spécificité mais de manière intégrée au reste de la ville. Respect et cohésion, c’est le double défi qui nous attend.

Pour cela nous devons apporter les bonnes réponses aux questions que les Montreuillois se posent aujourd’hui et auront à se poser demain.

Montreuil s’est construit sur une ville-centre, caractérisée par la présence d’un habitat populaire et une forte mixité fonctionnelle.

Le Bas Montreuil a été marqué par une forte présence industrielle tandis que le Haut Montreuil a revêtu un caractère plus agricole avec la présence des Murs à Pêches et de maraîchers.

En 1939, dans sa thèse éditée par l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris, Marcel Karman, résumait ainsi l’évolution de notre ville : « Montreuil aux pêches disparaît rapidement. La paisible cité agricole est devenue une des villes ouvrières les plus importantes de la banlieue Parisienne. Montreuil, peuplée d’usines, garnie de chantiers, déparée par des constructions misérables, s’urbanise de façon hâtive et désordonnée. »

Nous ne pouvons le nier, nous vivons cet héritage. Notre tâche est double : il nous revient de le valoriser et de l’organiser.

Il y a à Montreuil des espaces originaux. Il y a eu sur notre territoire des lieux qui ont évolué, loin de toute intervention publique et ces lieux, marqués par les histoires personnelles de celles et ceux qui les ont fait, donnent à Montreuil cette originalité et cette diversité urbaine que chacun connaît et apprécie.

Aujourd’hui, la ville doit aussi répondre à un double mouvement : la gentrification d’une part, la paupérisation d’autre part.
Il existe un Montreuil des Invisibles, pas seulement dans les grands ensembles, mais souvent mal logés dans le pavillonnaire, dans des squats du Bas Montreuil, dans des foyers improvisés, autant de populations que la société refuse de voir.

Il existe également une paupérisation d’une autre partie de nos habitants du fait de la crise, du chômage et dont les conditions de vie se dégradent.

Pourtant la pauvreté ne doit pas être synonyme d’éloignement, tout le monde doit avoir le droit de vivre dans une grande ville proche de Paris. Nous tenons à cette mixité, nous tenons à ce qu’une grande commune de première couronne, comme Montreuil, prolonge son destin de belle ville populaire.

Pour cela, nous devons apporter des réponses à chacun, faire du lien social bien sûr, mais travailler sur l’urbain également.

Montreuil est une ville complexe et notre défi doit être de penser la ville dans sa globalité, avec ses logiques de gentrification et paupérisation qui s’opposent et que nous devons résoudre et faire converger dans le sens du progrès.

Ce défi, nous devrons le réussir dans un contexte de construction du Grand Paris qui oppose une autre logique, celle d’une construction métropolitaine globale mettant souvent en concurrence des identités territoriales.

Chacun ici connaît les inégalités très fortes qui frappent l’Ile-de-France. Chacun ici est persuadé de la nécessité de réduire les injustices territoriales qui déséquilibrent depuis 30 ans notre région.

La métropole en construction est une réponse collective mais la contrepartie pour les communes est lourde car leurs compétences, qui fondent pourtant notre organisation républicaine sur laquelle notre démocratie s’est construite, seront diminuées.

Face à cette situation je refuse toutefois d’être pessimiste quant à notre capacité de faire bouger les lignes.

A Montreuil, nous l’avons montré, par exemple lors de notre mobilisation en faveur des transports en commun, les habitants ont répondu présents lorsqu’il a été question de faire entendre la voix de l’intérêt général. C’est une richesse et une ressource inestimable sur lesquelles nous devons nous appuyer.

Cette vision nous guide dans toutes nos actions municipales et en premier lieu dans nos projets urbains et dans notre manière de les penser.

La ville a engagé des démarches participatives autour de plusieurs projets comme la rédaction d’une charte promoteur, qui nous permettra d’orienter les constructions selon des principes souhaités par tous, ou encore le diagnostic en marchant pour penser l’avenir de la Croix de Chavaux, la rendre plus agréable aux piétons et mieux organiser la circulation. Il y aura également une concertation primordiale lors de la révision du PLU.

Notre but, c’est de repenser la ville, toute notre ville, avec ses habitants.

Entrées de ville, places, artères principales, tout doit être réinterrogé à la lumière de l’expérience qu’en font au quotidien leurs usagers.

C’est ainsi un travail important qui commence sur la Porte de Montreuil. Nous travaillons en cohérence avec les travaux rue de Paris et le projet Croix de Chavaux, pour permettre une réflexion sur la globalité de cet axe. C’est ainsi également que nous retravaillerons l’entrée de ville côté Rosny à travers le nouveau projet de ZAC Accacia pour lequel nous relancerons la concertation au mois de mai. C’est ainsi enfin que nous repenserons certains lieux stratégiques comme la place des Ruffins, l’avenue Pierre Brossolette dans le quartier Le Morillon ou encore la place François Mitterrand.

Nos projets sont reconnus par nos partenaires et nous sommes fiers d’ailleurs d’accueillir le concours Europan 13 grâce auquel des équipes d’architectes, d’urbanistes – 26 équipes se sont inscrites à ce jour – réfléchiront et proposeront des projets sur le Haut Montreuil dans la perspective de l’arrivée du T1 et de la ligne 11.

Toutes ces actions ne prendront sens que dans ce triptyque que nous défendons depuis un an : celui de l’innovation, de la proximité et du rassemblement, que nous mettrons en œuvre dans l’ensemble de nos politiques publiques.
Nous avons tous les atouts pour faire de Montreuil dans 15 ou 20 ans une ville majeure du Grand Paris.

Notre position en Ile-de-France, à l’articulation de Paris et de la Seine-Saint-Denis, à la charnière de trois départements, véritable porte d’entrée de la communauté d’agglomération Est Ensemble, fait de Montreuil une ville stratégique dans la future métropole.

Nous sommes, je le pense, l’avenir d’un Grand Paris qui doit s’appuyer sur la Seine-Saint-Denis pour se construire. Si je l’ai dit à plusieurs occasions c’est parce que je suis persuadé que l’avenir du Grand Paris est ici, en Seine-Saint-Denis, avec la population la plus jeune de France, avec une population mixte à l’image de la France, avec des entreprises innovantes. C’est à Montreuil que se fabrique le Grand Paris.

Il nous manquait des transports en commun lourds pour connecter la ville avec l’extérieur et avec elle-même. Grâce à notre mobilisation, nous aurons, le T1, la ligne 11, la ligne 1. Nous continuerons à nous mobiliser pour la ligne 9 qui permettra cette connexion souhaitée pour nos quartiers.

Ces nouveaux moyens de transports vont avoir un impact sur notre urbanisme et il va falloir accompagner les changements qu’ils apporteront.
Nous le voyons, nous avons un vrai défi devant nous, celui de concevoir la ville de demain quand des incertitudes planent sur le devenir de nos moyens d’actions.

Au 1 er janvier 2016 la création de la Métropole du Grand Paris qui s’appuiera sur des Etablissements Publics Territoriaux, en lieu et place de nos communautés d’agglomération existantes, risque de déstabiliser les dynamiques urbaines mises en place, le Contrat de Développement Territorial ou encore le projet urbain territorial que nous sommes en train d’écrire avec Gérard Cosme.

Malgré cela nous garderons toujours comme ambition de continuer à rassembler la ville, à créer des liens entre les 14 quartiers et renforcer notre position clé au sein de la métropole.

Cet après-midi la ville, ses élus, ses services, ses partenaires, vous vous présenter l’état de leurs réflexions sur les projets en cours et à venir, sur le Bas Montreuil, et la lutte contre l’habitat indigne, sur la rénovation urbaine de nos quartiers les plus dégradés, le Bel Air, La Noue, Le Morillon, sur nos projets pour repenser les continuités en travaillant avec la ville de Paris sur la Porte de Montreuil, en améliorant avec le Conseil général la rue de Paris, en écrivant avec les habitants un nouveau projet pour la Croix de Chavaux.

Je pense que vous aurez compris que je suis fier d’être le maire de Montreuil, fier de ma ville et de ses habitants.

Nous avons pour Montreuil des ambitions qui doivent transparaître dans nos projets urbains. Nous connaissons les enjeux qui pourraient contraindre notre vision, mais c’est parce que nous en sommes conscients que nous réussirons à faire de Montreuil, une belle ville innovante, une ville phare du Grand Paris et une ville dont les habitants se sentent acteurs, et surtout faire que vivre à Montreuil soit une vraie chance pour tous. Je vous souhaite une excellente après-midi d’échanges et de réflexions.