Faire échouer la tentative de prise du pouvoir par la droite et l’extrême droite et imposer une nouvelle alternative.

Patrice Bessac, face aux communistes de France lors de la conférence nationale du Parti Communiste Français, dimanche 9 novembre à Montreuil.

Certains d’entre nous ont exprimé au fil de leurs interventions, la colère qui traverse en particulier les couches populaires.

Cette colère est d’autant plus vive qu’elle provient d’une surdose d’espoir qui a mal tourné. Et ce n’est pas sans inquiétude que nous voyons cette colère épouser des chemins aux sombres finalités.

À la question « Si dimanche prochain avait lieu le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, pour lequel des candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ? », les 1 382 personnes interrogées du 28 au 30 octobre par l’Ifop ont répondu Marine Le Pen majoritairement.

Ce sondage nous révèle ainsi qu’a ce jour, quelle que soit l’hypothèse, Marine Le Pen est en tête. Avec des scores entre 27 et 32% soit 10 points de plus qu’en 2012 la leader actuelle de l’extrême droite française est en position de force et devance Sarkozy et Juppé de 3 points. Sociologiquement, l’électorat du FN change, Marine Le Pen constitue un socle fort avec 43% des catégories populaires -c’est à dire parmi les employés et les ouvrier. Elle gagne du terrain jusque chez les femmes qui jusqu’ici étaient souvent hostiles aux thèses de l’extrême droite.

Certes sondage ne fait pas élection, mais chacune et chacun d’entre nous vérifie chaque jour au sein de son entreprise, dans son quartier ou dans son village qu’un mouvement est en train de s’opérer dans la tête d’un grand nombre de nos concitoyens. Un mouvement en faveur de Marine Le Pen. Un mouvement qu’il nous faut comprendre. Un mouvement qui tient au résultat de la politique actuelle de Hollande et de son gouvernement mais pas seulement. ..

Le sondage de l’IFOP fait un deuxième constat. A ce jour, ce serait un échec pour Hollande qui recueillerait de 13 à 15%, les autres candidats socialistes susceptibles de concourir pour l’élection présidentielle de 2017 ne feraient pas mieux. Martine Aubry recueille entre 13% et 14% d’intentions de vote, Manuel Valls obtient quant à lui 15%.

Enfin Cécile Duflot se situe à 4%, et cela nous interpelle directement, le socle des intentions de vote en faveur de notre ancien candidat Jean-Luc Mélenchon ne dépasse pas 9%.

Ce qui semble être une irrésistible ascension de la droite et de l’extrême droite a lieu alors que dans le même temps, nous assistons à un véritable coup d’état social qui vise à réduire les citoyens, en particulier les travailleurs à l’état de sujets. Des sujets, des variables d’ajustement au service du taux de profit maximal. Des sujets taillables et corvéables tout justes bons à produire et à consommer pour le seul bénéfice d’une poignée de nantis.

Le président du MEDEF Gattaz vient même de demander au président Hollande de sortir la France de l’Organisation internationale du Travail afin de pouvoir licencier à sa guise.

Que faire ? Que faire, face aux menaces actuelles que font peser les choix gouvernementaux. Que faire face à la menace concrète de voir l’avènement d’un gouvernement de droite épaulé, de facto, par l’extrême droite et qui nous conduirait vers une dictature new look, une dictature au service du taux de profit et aux conséquences humaines et écologiques incommensurables.

Ce dernier scénario n’est pas moins réaliste que celui qui conduisit nos camarades de 1935 à faire des choix politiques audacieux face au danger fasciste de l’époque.

Comme l’a justement rappelé Pierre Laurent hier dans sa première intervention, nous sommes donc face à des enjeux de civilisation.

Face à cette situation, une question existentielle se pose à nous : sommes-nous destinés à demeurer des aiguillons tenaces ou sommes capables dans un temps donné, je dis bien dans un temps donné, d’influencer le cours des événements ?

Sommes-nous disposés à tout mettre en œuvre afin de faire échouer la tentative de prise du pouvoir par la droite et l’extrême droite et vaincre  et imposer une nouvelle alternative écartant les socio-libéraux?

Et dans ce cas comment y parvenir, avec qui et pour quoi faire ?

Quel choix ce même peuple  -au sein duquel  se situe le puissant et décisif courant des abstentionnistes- quel choix donc le peuple est il capable d’entendre puis d’épouser ?

Si la colère du peuple est grande son désir de sortir de la crise et de se construire un avenir positif ne l’est pas moins. C’est une dimension capitale.

Si nous négligeons cette aspiration, si nous nous recroquevillons sur des postures essentiellement défensives nous risquerions de passer à coté des possibilités de changement, favoriser l’abstention et laisser place aux thèses néolibérales et ouvrir en partie la voie aux apprentis sorciers de l’extrême droite.

Il devient donc urgent de soumettre au débat des propositions audacieuses, un projet de rupture pour un avenir de progrès et écologique construit sur le socle de la coopération, sur celui de la solidarité et du partage, sur le socle de l’égalité et sur une nouvelle démocratie sociale et participative.

Allez au devant du peuple comme nous nous apprêtons à le faire dans le cadre des « Assisses citoyennes » est un premier pas. Ce premier pas sera positif à condition que nous réussissions  à nous mobiliser. A mobiliser les nôtres, puis à rassembler tout ce que la gauche et le mouvement démocratique compte de meilleur.

Et les potentiels ne manquent pas. Cela a été dit ici à plusieurs reprises : tout bouge.

La gauche bouge.  Son visage n’est déjà plus celui que nous lui connaissions il y a deux ans.  Le PS n’est plus un bloc homogène. Il est profondément secoué par l’actuelle ligne sociale –libérale qui régente l’Etat et le parti. Comme le rappelle en effet l’enquête de Viavoice cette ligne est minoritaire. Pas d’illusion, oui, mais ne pas tenir compte de cette réalité en mettant tout le monde dans le même sac stérilisera notre action.

Voulons-nous être les acteurs directs et décisifs ? Sommes-nous capables de créer de nouveaux rapports de force pour changer -avec le peuple et pour le peuple- la donne ?

Cette question devrait être récurrente. Nous nous la sommes posée ici à notre échelle, à Montreuil, il y a tout juste un an dans la perspective des élections locales.

Face à la crise globale, face à une droite locale décidée ici aussi d’en découdre, confrontés à une ville déchirée et à des échecs répétés : nous les communistes, avec pour seul objectif le bien commun, avons choisi d’être les acteurs majeurs de cette ville. Cela passait aussi par la voie du rassemblement. Un rassemblement nouveau dans l’intérêt des Montreuillois.

Les uns et les autres – toutes et tous de gauche bien sur- nous avons laissé les postures, l’esprit de clan et les egos au vestiaire pour répondre en réalité à cinq questions :

La première question était :

-         Face à un Etat qui abandonne ses citoyens – quand ils ne les livrent pas aux appétits des possédants – allons-nous laisser les Montreuillois désarmés ? Pouvons-nous limiter notre action à organiser le mécontentement ?

-         La réponse fût : non.

La deuxième question fût :

-         Allons-nous laisser la droite et les forces les plus obscures capter les inquiétudes et les angoisses ?

-         Notre réponse collective fût non.

A la troisième question :

-         Face à une situation difficile dans une économie municipale contrainte : la coopération  et la solidarité peuvent-elles portées des solutions nouvelles ?

-         La réponse fût oui.

La 4ème question fût :

-         Malgré les positions antérieures des diverses forces de la gauche locale et face à la situation concrète des Montreuillois, nous autres communistes, sommes nous capables d’être la cheville ouvrière de cette coopération et de cette solidarité ?

-         La réponse fût encore oui.

La cinquième question fût :

-         Peut-on dépasser les anciennes contradictions et se rassembler pour réussir un tel défi ?

-         La réponse fût oui.

Manifestement, face aux anathèmes lancés tous azimuts par d’autres candidats, les Montreuillois ont préféré le projet rassembleur et la méthode portés par la liste que nous avons initiée.

Leur choix qui a pu surprendre, en dit peut-être long sur l’état de nos concitoyens. Sur leur capacité, aujourd’hui,  à se joindre à ceux qui leur proposent non seulement de les défendre face a la crise, aux prédateurs et l’austérité, mais surtout sur leur intérêt de s’associer à ceux qui les aident à prendre concrètement leur avenir en main.

Chers camarades nous en sommes là à Montreuil. Certes nous ne sommes pas sortis du sable. Mais le défi en vaut la chandelle.

Sous le double effet du rassemblement et des tâches auxquelles nous faisons face et de nos objectifs j’ai la conviction profonde que la gauche de Montreuil ne sortira de cette construction politique comme elle y est entrée.  Il faut toujours intégrer cette dimension des choses.

J’observe que l’expérience et l’action conduites par les communistes à Montreuil intéressent. J’ai longuement été reçu par le Président de la République du Mali Ibrahim Boubacar Keïta, il y a quelques jours, qui s’est intéressé à l’expérience de notre ville. Je parle sous l’autorité de Pierre Laurent qui vient d’effectuer plusieurs voyages à l’étranger: les communistes français redeviennent des acteurs au sein de la 5ème puissance mondiale et des interlocuteurs à l’échelle internationale. C’est une des phases de notre reconquête.

J’ai débuté cette brève intervention on rappelant que la colère est souvent le résultat d’une surdose d’espoir qui a mal tourné. Notre parti et le Front de Gauche seront-ils capables de transformer l’énorme colère actuelle en espoir. C’est le défi historique qui nous est lancé. A nous de jouer !

Merci de votre attention et bienvenue a Montreuil.