Drames de l’Immigration : des responsabilités et des rôles partagés

IMG_6377Après les terribles drames qu’a connus la Méditerranée ces dernières semaines et qui ont endeuillé de multiples pays d’Afrique, nombreux sont ceux qui, des deux côtés de la Méditerranée, tentent de trouver des solutions humaines à ces tragédies.

En partenariat avec les associations locales de migrants, nous avons souhaité organiser un temps de réflexion et d’échanges sur les actions que chacun des acteurs pourrait entreprendre afin de mettre enfin un terme à ces tragédies.


Monsieur le Ministre conseiller,
Messieurs l’Ambassadeur du Mali auprès de l’UNESCO,
Monsieur le Président du Haut Conseil des maliens de France,
Mesdames, Messieurs, les élus,
Mesdames, Messieurs, les présidents d’associations,
Chères Montreuilloises, chers Montreuillois,

Bonsoir et bienvenue dans notre maison commune.

Je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir répondu présents à notre invitation et de participer à cette soirée de réflexion collective, co-organisée avec les associations et l’ambassade du Mali en France, consacrée aux drames de l’immigration.

Après les naufrages récents qui ont endeuillé la Méditerranée, il nous est apparu évident et urgent d’avoir une discussion avec l’ensemble de nos partenaires engagés sur ce sujet.

Ce soir, nous allons confronter différentes lectures des problèmes qui nous sont posés et tenter d’élaborer une pensée commune qui soit suffisamment étayée pour être le point d’ancrage d’une mobilisation plus large et plus efficace.
C’est donc, ce soir, une première pierre que nous posons.
Ce soir, il s’agit de « comprendre », comprendre pour « agir ».

Comprendre en se parlant, sans tabou, de la situation et de son évolution. Car face au désastre humain que nous connaissons, l’aveuglement ou le refus, pour chacune des parties, de se remettre en question serait purement et simplement criminel.

Agir parce qu’après avoir fait le constat, le plus juste possible, de la situation, nous devons trouver les solutions, à notre échelle, et identifier les acteurs que nous pouvons mobiliser pour faire pression sur les décideurs et faire cesser l’hécatombe.

La situation appelle l’urgence.

Depuis le début de l’année, ce sont près de 2000 migrants qui sont morts noyés dans les eaux de la Méditerranée ; le mois d’avril ayant été particulièrement meurtrier. 200 ressortissants maliens, principalement issus de la région de Kayes, ont trouvé la mort. A Montreuil, ce drame nous a tous bouleversés.

Mais l’émotion ne suffit pas.

Il faut trouver des solutions. Nous avons le devoir d’agir pour stopper cette tragédie. Nous sommes tous des humanistes. Nous ne pouvons accepter que la route migratoire vers l’Europe soit devenue la plus dangereuse au monde.
Alors que l’an passé, sur les 170 000 migrants, 3 000 ne sont pas revenus, et que cette année, le rythme macabre s’accélère, le problème n’est toujours pas pris à sa juste mesure.
Des hommes, des femmes et des enfants continuent de mourir par milliers. Face à l’urgence, face à la mort, il est capital d’apporter des solutions rapides et de se poser les bonnes questions.

Qui sont ces gens ?

Pourquoi ont-ils quitté leur pays ?

Avant la question des arrivées et de la prise en charge des migrants, c’est bien sûr la question des départs que nous devons interroger. Épargnons-nous le constat d’impuissance qui n’a pour effet que de dédouaner chacun de ses propres responsabilités et d’empêcher toute réflexion :

Réflexion sur le rôle de l’Europe dans les conflits qui déchirent l’Afrique.
Réflexion sur le rôle des États africains dans leur propre développement.
Réflexion, à 6 mois de la COP21, sur le rôle des États dans le changement climatique et les déplacements massifs de populations qu’il implique.
Réflexion, encore, sur le rôle de la diaspora, sur notre propre capacité et volonté politiques à lutter efficacement contre les réseaux de passeurs, de marchands de sommeil,

Réflexion, toujours, pour des conditions d’accueil dignes dans nos pays qui se sont construits grâce à l’immigration et qui ont tant besoin d’elle pour assurer leur avenir.

Avoir des papiers, travailler, se loger… Tout est devenu très compliqué, et terriblement difficile.

Que font les États européens dans tout cela ? Ils se referment, toujours plus, sur eux-mêmes. Les directives se succèdent pour bloquer les possibilités légales d’entrée sur le territoire.

La politique aux frontières se durcit. La dernière aberration ayant été d’externaliser l’opération humanitaire Mare Nostrum à l’agence FRONTEX.

En six mois, le nombre de morts a augmenté sans commune mesure. L’Union européenne construit, chaque jour, un mur de plus en plus haut et chaque jour, les victimes sont de plus en plus nombreuses.

Face à l’enfermement et l’Europe forteresse, c’est d’humanité, de dignité, de respect du droit international, dont ces femmes, ces hommes et ces enfants ont besoin.

Il nous faut des politiques migratoires dignes des défis du 21e siècle.

Les propositions du monde associatif ne manquent pas.

Abrogation de la directive retour ; réforme du règlement de Dublin ; travail en partenariat avec les pays concernés pour ouvrir les voies de l’immigration légale. Et surtout,
surtout, respecter la Convention de Genève en accueillant comme il se doit les réfugiés.

Le France est une terre d’immigration. Elle ne peut concevoir son avenir que dans l’ouverture.
Certains voient la France en petit, menacée de toute part, et nous parlent d’identité nationale sans comprendre ce qu’elle a de pluriel.

Nous, nous voyons la France en grand, riche et unie dans sa diversité. Une France qui n’a pas besoin d’haïr les autres pour aimer les siens. Une France qui assume ses responsabilités et porte des solutions d’avenir.

Cette pensée, la Ville de Montreuil la partage et la met en œuvre depuis longtemps.

Montreuil est une terre d’accueil. Montreuil est une ville solidaire comme en attestent les nombreuses associations mobilisées, comme en attestent les démarches que nous portons en matière de coopération internationale et de co-développement avec nos partenaires du Mali.

Montreuil a toujours accueilli l’immigration, sans la moindre réticence. C’est son ADN. C’est sa richesse.
Au total, ce sont plus d’une centaine de nationalités qui sont présentes dans notre ville et nous en sommes fiers.
Nous avons commencé par accueillir nos voisins d’Europe du Sud. Ils étaient espagnols, portugais, italiens, et fuyaient des régimes militaires et dictatoriaux.
Puis, progressivement, au fil du temps, nous avons accueillis les migrants d’Afrique et d’Europe de l’Est, eux-mêmes fuyant la misère et la guerre.

Nous avons construit les structures nécessaires pour assumer cet accueil. C’est un engagement moral doublé d’un engagement financier.

Nous continuons, malgré les difficultés, à assumer pleinement ce rôle, comme nous le faisons avec la reconstruction du foyer du centenaire, avenue Pasteur, ou en accompagnant le collectif des Sorins.

Je l’ai dit, Montreuil est une ville solidaire, et elle le restera.

Mais ces difficultés financières auxquelles nous faisons face, conjuguées à l’augmentation du nombre de migrants, nous confrontent à des situations d’urgence et de saturation de nos structures d’accueil.

L’État doit assumer ses responsabilités pour permettre – à toutes les collectivités locales – de réussir l’accueil des migrants sur leur territoire.

Je souhaite que cette soirée, à laquelle vous participez, nous permette de trouver ensemble des solutions et amène bien d’autres temps d’échanges.