Conseil municipal du 28 juin 2017

Mesdames, Messieurs les élus,
Chères Montreuilloises, Chers Montreuillois,

Par quatre fois ces deux derniers mois, le calendrier institutionnel a permis à nos concitoyens de se prononcer sur leur avenir.

Alors que le scénario présidentiel et législatif semblait écrit d’avance, les Françaises et les Français, qui ont voté, ont choisi de faire voler en éclat le paysage politique que nous connaissions – inchangé ou presque – depuis plus de trente ans.

Cette aspiration au changement, c’est la manifestation d’une exaspération devant l’absence de réponse politique face à la dégradation continue des conditions de vie et à la hausse des inégalités.

Championne d’Europe en nombre de millionnaires, la France se distingue aussi par son taux de chômage parmi les plus élevés du continent, des inégalités croissantes et un taux de pauvreté inégalé et une sourde inquiétude pour l’avenir.

Les exaspérations politiques, sociales et morales d’une France confrontée aux affaires à répétition se sont conjuguées ces derniers mois pour trouver leur expression dans un « dégagisme » qui a emporté  les certitudes de prébende d’une certaine caste politique, prompte à donner à chacun des leçons de vertu qu’elle ne s’applique jamais à elle-même.

De désillusions en déceptions, de trahisons en renoncements, fatigué de l’impuissance et de la sclérose politiques, le peuple de France a fait son deuil des promesses sans lendemain, indiquant par la voie des urnes, le choix d’un renouvellement et optant, au-delà de celui-ci et au-delà des clivages partisans, pour un unique programme : celui du mouvement… l’espérant pour beaucoup synonyme de changement.

Le Président de la République nouvellement élu a su capter cette aspiration au changement et cette énergie mais son élection est loin d’avoir été un plébiscite.

Elu avec moins d’un quart des suffrages exprimés au premier tour et grâce à la mobilisation républicaine visant à faire barrage à l’extrême-droite au second, le Président de la République ne bénéficie d’aucune adhésion populaire majoritaire  qui légitimerait le programme de déconstruction sociale auquel il souhaite s’atteler dès cet été.

Avec plus de deux millions de voix de moins qu’à la présidentielle, le résultat électoral du parti « En Marche » aux élections législatives marque les grandes limites du prétendu « enthousiasme » des Françaises et des Français et confirme la fragilité d’une majorité choisie au premier tour par moins d’un électeur sur cinq.

S’il est une première leçon que nous pouvons tirer de ce dernier scrutin, c’est celle de la distance – pour ne pas dire la défiance – d’un nombre d’électeurs toujours plus grand, vis-à-vis de nos temps démocratiques, perçus comme inadaptés, impuissants à exprimer une représentation politique du peuple dans sa diversité.

A droite comme à gauche, on cherche et on cherchera à taire la valeur subversive d’une telle abstention qui conduit la Représentation nationale à n’être que l’ombre d’un peuple qui – pour moitié – a exprimé son refus d’arbitrer entre les candidats – pourtant nombreux – qui se présentaient à son suffrage.

Et qu’on ne vienne pas nous dire que cette abstention, cette « grève des électeurs » comme l’appelait de ses vœux Octave MIRBEAU il y a plus d’un siècle, n’est pas une expression politique quand les moins de 50 ans, les ouvriers et les employés, les moins diplômés, les revenus inférieurs au salaire médian forment le gros des rangs de cette France qui ne se déplace plus pour aller voter. Et si les grandes écoles, les chefs d’entreprises et les experts seront sur représentés, les ouvriers et les employés, les techniciens  ou les cadres moyens seront les grands absents de cette nouvelle Assemblée.

Pour ceux-là qui, le 23 avril, le 7 mai puis le 11 et le 18 juin dernier, n’ont pas trouvé  de réponses à leurs attentes, à leurs colères et à leurs espoirs, la pilule du quinquennat à venir va être particulièrement difficile à avaler.

C’est une double question – politique et sociale -  qui est posée à tous les progressistes, militants politiques ou syndicaux, élus ou citoyens engagés ; une question désormais posée par plus de la moitié de nos concitoyens et à laquelle nous devons répondre si nous ne voulons pas laisser le Front national, première force politique chez les ouvriers et les salariés qui gagnent moins de 1250 euros par mois, faire main basse sur toutes les frustrations et toutes les trahisons- sociales et politiques.

Cette double question, la gauche historique, celle née au cours du long XX ème siècle, n’y a, cette fois encore, pas répondu.

Divisée, et il faut bien le constater : victime de l’incapacité de ses porte-parole à assumer et à porter politiquement son héritage, elle n’a pas su, alors que l’occasion lui était offerte se rassembler suffisamment pour faire aboutir une autre voie, celle d’une gauche novatrice, digne de Jaurès, une gauche de transformation sociale, écologique et démocratique et pour faire aboutir un projet à vocation majoritaire qui renoue avec la praxis politique.

La dynamique de l’élection présidentielle et le très bon score de Jean-Luc Mélenchon ne doivent pas occulter les résultats en demi-teinte des élections législatives.

Même si à l’Assemblée nationale, une force de progrès subsiste et va nous permettre de relayer, au Parlement, les luttes sociales qui se profilent, cette force – et je le regrette aurait pu être plus nombreuse si elle avait su se rassembler dès le premier tour sur le programme novateur qu’appelle la situation et les aspirations profondes du peuple pour plus de justice sociale plus de liberté pour des êtres toujours plus autonomes.

Il n’y a pas de place à gauche pour les stratégies de concurrences partidaires ou personnelles. Elles nous amènent, nous l’avons vu, à la victoire d’une droite offensive et ultra libérale.

Au second tour, à Montreuil, ce le rassemblement des forces de progrès a été rendu possible grâce à l’union de tous. Il a permis l’élection d’Alexis CORBIERE comme député de notre circonscription.

Je veux ce soir, une nouvelle fois, le féliciter chaleureusement.

Représenter les Montreuillois à l’Assemblée nationale est un honneur et une responsabilité de tous les instants.

Je sais que nous le trouverons à nos côtés pour défendre une même conception de l’intérêt général. Je sais aussi que nous nous retrouverons au cours des cinq prochaines années, côte-à-côte, dans une action résolue contre les mesures austéritaires et anti-sociales promises par le Président de la République.

Dans nos communes populaires, plus que partout ailleurs, les citoyens n’ont pas été dupes de l’imposture médiatique et des objectifs réels du nouveau Président de la République.

Ils ont réaffirmé, sans ambiguité, leur opposition à un Président qui se vante de vouloir remettre en cause l’universalité du contrat de travail, élever le moins disant social en politique économique et mettre nos services publics au pain sec de la rigueur budgétaire bruxelloise.

Deux menaces en particulier vont impacter la vie quotidienne de nos concitoyens dans toutes ses dimensions. La première porte sur le contrat de travail, la seconde sur l’avenir du service public.

Monsieur Macron entend mettre un terme à l’universalité du contrat de travail qui assure au salarié d’un secteur, d’être traité de la même manière quel que soit son employeur.

Il veut que le salaire, le temps de travail et même les conditions se « négocient » désormais au niveau de chaque entreprise.

Cette mesure qui se présente comme devant répondre à la diversité des situations, va créer une spirale infernale se retournant contre les salariés et au bout du compte contre les entreprises elles-mêmes : l’une qui pourra décider d’augmenter le temps de travail sans toucher au montant des salaires, deviendra aussitôt plus compétitive que ses concurrentes qui ne tarderaient pas à se mettre au diapason allant même un peu plus loin dans l’abaissement du prix du travail en jouant sur tous les leviers en même temps.

Avec un tel système, le règne du moins- disant salarial et social se généraliserait, les travailleurs devenant partout des variables d’ajustement. Il en suivrait une dégradation des conditions de travail et de vie et un appauvrissement généralisé.

A ce nivellement par le bas des salaires s’ajoute l’assèchement programmé des ressources du service public.

Comme je l’ai souligné par ailleurs, Le Président a annoncé qu’il voulait absolument tenir l’engagement de Bruxelles fixant le déficit public à moins de 3 % et cela bien que la croissance soit inférieure à 1,5 %.

Pour faire moins, avec moins, deux possibilités existent :
prélever plus d’impôts sur les grandes fortunes et les très hauts salaires ou notamment sur les 75 milliards d’euros de bénéfices reversés sous forme de dividendes aux actionnaires des sociétés du CAC 40 réduire le budget destiné aux services publics.

Le président ne voulant pas affecter les relations étroites qu’il entretient avec le CAC 40, il a décidé d’opter pour la deuxième solution : mettre les collectivités locales au régime sec.

Les communes, les départements et les régions sont donc menacés de voir leurs dotations d’Etat baissées de 10 milliards d’euros chaque année et plus si nécessaire.

Cette saignée s’ajouterait à celle déjà effectuée par ses prédécesseurs qui ont amputé les finances de Montreuil de 29 millions d’euros en trois ans et que nous n’avons pas voulu compenser par la hausse des impôts communaux.

Ces restrictions dont l’objectif final est de faire payer aux seuls habitants de notre pays les services qu’on leur délivre, nous contraignent constamment, pour ne pas y souscrire, à réorganiser les budgets de fonctionnement.

C’est la condition pour préserver nos priorités: la santé, de l’éducation, la réponse à la demande sociale et pour assurer les investissements pour le développement de la ville, indispensables au bien être des habitants et à son attractivité pour l’emploi.

Les mesures austéritaires du nouveau pouvoir voudraient aussi s’exercer à l’échelle régionale. Elles hypothèquent des projets comme le Tram T1 ou la prolongation des lignes de métro à Montreuil et dans nos communes voisines.

Il est hors de question de se laisser déposséder sans réagir.

Le temps des élections est passé. Celui des promesses aussi.  Nous ne pourrons compter que sur nous mêmes.

Dans les semaines qui viennent, à l’Assemblée nationale et dans la rue, c’est sur nous et sur nous seuls qu’il nous faudra compter pour mettre en échec la politique d’austérité renforcée qui s’annonce.

Nous unir et conjuguer les forces de ce que la gauche montreuilloise compte de meilleur pour garder notre ville solidaire et accueillante et faire vivre, comme le fait la majorité municipale depuis trois ans, les projets qui le permettent et mettre en échec les mauvais desseins du Gouvernement.

Oui l’esprit de résistance est à l’ordre du jour. Mais il ne peut pas être l’alpha et l’Omega, en attendant je ne sais quelle nouvelle échéance présidentielle.

Nous autres élus de terrain et plus particulièrement notre majorité nous avons le devoir de tout faire pour permettre aux Montreuilloises et aux Montreuillois de vivre mieux, de trouver à Montreuil les moyens de leur épanouissement.

Leur permettre de prendre leurs affaires en main, de faire quotidiennement l’expérience que l’intérêt général et l’intérêt individuel peuvent se conjuguer.

En ces temps de délégation de pouvoir, ces objectifs sont un défi. C’est celui que nous avons relevé il y a trois ans. C’est celui que nous entendons poursuivre. C’est celui auquel je convie chacun d’entre vous à prendre part.

S’unir pour réussir devient plus nécessaire que jamais.

Je voudrais, enfin, remercier ce soir tous les candidats, les militants, les élus, présidents de bureau de vote et assesseurs, les agents du service public montreuillois qui ont permis au débat démocratique de vivre avec force sur notre commune et que ces élections se déroulent en toute sérénité .