Conseil Municipal du 16 décembre 2015

Mesdames, Messieurs les élus,
Chères Montreuilloises et Chers Montreuillois,

Dimanche dernier, à l’issue d’une campagne électorale marquée par le contexte national douloureux qui a touché chacune et chacun d’entre-nous au plus profond de lui-même, s’est achevée une séquence électorale marquée par la peur, la déception, l’inquiétude et la colère.
Une séquence électorale difficile, dans laquelle le débat s’est trouvé trop souvent réduit au seul discours de l’extrême-droite ; à un discours et à quelques personnalités – les membres d’un clan – qui auront, malheureusement focalisé l’essentiel de l’attention médiatique et – c’est le plus grave – entraîné le déplacement progressif vers la droite, d’une grande partie des discours et des thèmes de campagne.
Dimanche dernier pourtant, c’est une catastrophe nationale à laquelle nous avons réussi à échapper cette fois-ci.
Une catastrophe qui aurait fait basculer la France dans un autre monde, celui du repli sur soi, celui que les générations passées ont eu à connaître et contre lequel elles se sont battues avec acharnement.
Une catastrophe de plus en Europe me direz-vous, car après les exemples polonais, hongrois, suisse ou autrichiens, mais une déflagration politique pour notre pays qui depuis plus de deux siècles revendique l’universalité des valeurs et des concepts qu’il a inscrits au cœur de ses institutions, au sein même de sa constitution : la liberté, l’égalité et la fraternité.

Si nous y avons échappé, ce n’est que de justesse et nous pouvons, collectivement, remercier les centaines de milliers de nos concitoyens qui ont du, en conscience, faire des choix difficiles, parfois mêmes contraires à leurs convictions les plus profondes et glisser dans l’urne des bulletins, expressions d’un choix contraint, d’un choix par défaut, expressions d’un désarroi citoyen face à une démocratie qui semble, progressivement, perdre son sens.

Ce désarroi s’explique. Il a des expressions multiples.
Ne pas les comprendre, ne pas les accepter, ne pas les analyser serait commettre une faute inexcusable.
Car, dans les temps où se conjuguent crise institutionnelle, désespérance sociale, cécité politique, nous le savons, peut vite se transformer en impuissance et l’impuissance, à son tour, virer au cauchemar historique.
Le 6 et le 13 décembre, c’est une France inquiète, déçue et en colère qui est sortie des urnes que près de la moitié des électeurs ont choisi d’ignorer.
Une France exaspérée par le chômage et les fins de mois toujours plus difficiles.

Une France fatiguée des sacrifices demandés et toujours consentis sans obtenir ni reconnaissance ni contre-parties.
Une France tétanisée devant les inégalités qui s’aggravent et auxquelles aujourd’hui nous ne nous attaquons pas.

Une France, enfin, inquiète de voir sa sécurité menacée et son sol devenir la cible d’une armée étrangère qui vise ses enfants et manipule les peurs pour semer le chaos , diviser et détruire la cohésion nationale.

Dimanche 13 décembre, près de 7 millions de Français, ont choisi d’exprimer leur lassitude, leur volonté de voir les choses changer. Le parti d’extrême droite a battu ce soir-là tous ses records en termes de nombre de voix recueillies.

De toute l’histoire de la Ve République, jamais l’extrême droite n’aura été si puissante.
Son score est historique. Il doit donc résonner à la hauteur de la déflagration qu’il représente.

C’est une sanction sans appel. C’est un signal d’alarme.

C’est l’ultime appel au secours d’un peuple qui n’en peut plus d’attendre que l’on vienne à son chevet.
Au soir du premier tour, face à la menace de victoire électorale du front national, j’ai appelé, comme de nombreux élus, chaque républicain sincère à la responsabilité et à faire face.

Ce devoir républicain pour lequel nos compatriotes se sont mobilisés massivement lors du second tour ne donne quitus à personne.
Il s’accompagne nécessairement d’un impératif, adressé à ceux qui ont placé la France et les Français à un tel niveau d’exaspération, celui de regarder la situation avec lucidité et d’agir maintenant pour l’avenir de notre pays.

Chacun de nous a besoin de se projeter, de trouver la place d’un avenir individuel et de notre destin collectif.
Mais pour se projeter, ce n’est plus de discours ou de promesses dont les Français ont besoin mais de faits tangibles, de propositions d’actions et de réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes.
La patience d’un peuple a ses limites. L’ignorer serait repartir comme si de rien n’était et serait prendre le risque qu’aux prochaines échéances, les appels à la raison et à la responsabilité citoyennes, ne trouvent plus aucun écho.
Dimanche encore, la France a trouvé, en elle-même les ressorts pour résister face à l’extrême droite et c’est une bonne nouvelle..
C’est la preuve qu’à l’heure des choix, notre peuple ne se résigne pas si facilement et trouve encore la force de vouloir avancer et espérer.

L’heure n’est pourtant pas au lâche soulagement.

Avec 25 millions de Français qui se sont abstenus ou ont choisi le vote blanc ou nul, c’est suffisamment clair.
Hélas, il ne semble pas avoir été entendu par tous.

L’accélération des réformes promise au soir du second tour s’est ainsi concrétisée dès lundi matin avec l’annonce faite aux 1,7 millions de salariés du secteur privé payés au salaire minimum qu’ils ne bénéficieraient, d’aucun coup de pouce pour la troisième année consécutive, il y a de quoi être inquiets pour la suite car, là aussi, le message semble clair.

Aucun infléchissement de cette politique qui précarise et aggrave la situation des familles. Celle-là même qui inquiète, qui exaspère et qui conduit les uns à épouser les thèses de l’extrême droite et qui amène beaucoup d’autres à faire le choix d’une mise en retrait de la vie démocratique ; une mise en retrait qui aura été fatale à la gauche en Île-de-France.
Forts de ces constats, nous sommes donc autorisés à dire haut et fort à ceux qui ont la responsabilité des affaires de la nation : attention.

Attention car à chaque élection, de rudes avertissements se succèdent.

Il y a trois ans à peine, le Front national comptait 181 élus.
Il en compte aujourd’hui 1 992 et devance désormais le parti socialiste dans les hémicycles régionaux.

Dans deux grandes régions, la région PACA et le Nord-Pas de Calais-Picardie, il n’y a plus de conseillers régionaux de gauche pour les combattre et soutenir les politiques publiques en faveur des populations.
Dans de telles conditions, imaginer que le sursaut citoyen – le sursis citoyen – de dimanche, amène le pouvoir à repartir demain comme si de rien n’était, ce n’est plus une erreur d’appréciation, c’est une faute historique, un manquement pour la gauche.

Ne nous faisons pas d’illusion, les partisans d’un rapprochement, d’une recomposition au centre, ne manquent pas.

Dans le journal « Les échos »,  un ancien ministre de l’économie et des Finances du Gouvernement Ayrault, aujourd’hui commissaire européen, assume clairement cette perspective pour 2017 et revendique, en réponse à la déflagration électorale – comme le Premier ministre dimanche – l’accélération des réformes et la flexibilisation du Code du travail.
Est-ce là la réponse au message adressé le 6 décembre dernier par les Français qui, selon un sondage réalisé par Harris Interactive, à la question « au moment de voter, quels sont les enjeux qui ont le plus compté pour vous » ont, à plus de 41 %, répondu « l’emploi » devant l’exigence de sécurité et d’éducation ?

Il n’y a pas et il n’y aura pas de salut sans réponse à l’urgence sociale, sans répondre aux 5 millions de chômeurs.

Nous avons les moyens d’une nouvelle politique : les moyens financiers, les intelligences , les savoir-faire… Bref, nous avons les moyens de bâtir une France nouvelle assurant à chacun un présent et un avenir positifs.

C’est une affaire de volonté.
L’outil de cette politique : une économie devenue la science du partage et non pas celle de l’appropriation des richesses par une poignée de privilégiés.

Nous sommes à la croisée des chemins.
Notre peuple est en quête d’un nouvel avenir. Nous devons à nouveau être l’écho de ses douleurs et les porteurs efficaces de ses espoirs.
Nous devons travailler avec lui, au plus près de lui, dans les entreprises, dans les campagnes, dans les quartiers pour lui permettre de résister aux malveillances de ce système pour lui permettre de reprendre sa vie en main en portant ses aspirations au pouvoir.

Ce sont ces objectifs humanistes que nous nous sommes fixés ici à Montreuil pour les Montreuilloises et les Montreuillois et pour lesquels nous agissons quotidiennement.
A Montreuil avec plus de 69,9 % des votes exprimés au second tour de ces élections régionales, la gauche rassemblée à l’image de notre majorité municipale, est plus que jamais majoritaire.
Elle l’est davantage qu’elle ne l’était il y a 5 ans puisque elle est parvenue à réunir dimanche plus de 17 800 électeurs soit 5 000 de plus qu’en 2010.

C’est, de loin, le meilleur résultat de la gauche en Seine-Saint-Denis et en Ile de France.

Au-delà des très bons résultat de la gauche, les scores du Front national sont également notables dans notre ville puisque avec 400 voix de moins par rapport aux élections régionales de 2004, il ne parvient à totaliser à Montreuil qu’à peine plus de 4 % du corps électoral, soit 9 % des inscrits.
Ce recul constitue une dynamique globale positive dont nous ne pouvons cependant pas nous satisfaire. Car cette moyenne sur 10 ans cache une réalité plus douloureuse : une augmentation de 900 voix par rapport aux élections régionales de 2010 et des écarts territoriaux importants.

Dans certains de nos quartiers le front national progresse inexorablement.
Nous ne nous y résignons pas et nous continuerons de répondre à cette inquiétude, au sentiment d’abandon, aux difficultés, par encore et toujours plus de dispositifs de soins, de transports, d’éducation, de formation… encore et toujours plus de services publics, encore et toujours plus de présence de nos institutions et des élus, sur le terrain, au plus près des habitants,
Je veux voir dans cette situation, au final, dans cette double singularité montreuilloise, la marque du soutien de nos concitoyennes et de concitoyens à la voie que nous avons engagée, celle de la réussite par l’union.

Les Montreuilloises et les Montreuillois nous le rappellent une nouvelle fois, ils veulent une gauche rassemblée, forte et qui travaille au règlement de leurs problèmes, surtout quand le contexte est difficile.

Ils veulent une gauche qui sache trouver coûte que coûte des voies nouvelles et donner un avenir à leur ville et je les remercie de leur confiance.

Hélas, le scénario qui avait vu Montreuil lors des dernières élections départementales jouer un rôle décisif dans le maintien à gauche de la Seine-Saint-Denis n’a pas suffit à éviter le basculement à droite.
L’apport des voix de la gauche montreuilloise et séquano-dyonisienne n’a pas suffit à éviter le basculement à droite de l’Ile-de-France, emportée de justesse grâce aux voix de l’Ouest Parisien, des quartiers d’affaires et des banlieues cossues de Paris.

C’est donc un nouveau cycle politique qui s’engage car les relations de la ville, de ses acteurs, de ses équipements et de ses corps constitués avec la Région sont nombreuses.

C’est un nouveau cycle qui s’annonce donc, car la Région, c’est les services publics, les politiques sociales, l’éducation et la culture, la vie associative, c’est l’avenir de nos lycées, les transports, c’est l’avenir du Tramway T1 que les montreuilloises et les montreuillois attendent bientôt depuis 30 ans.
C’est le financement de nos programmes de rénovation urbaine ou d’équipements culturels, la formation de nos jeunes. Sur l’ensemble de ces sujets, nous serons mobilisés et nous mènerons les combats nécessaires en informant notre population.
Nous les mènerons.
J’ai d’ores et déjà écrit à la future présidente de la Région pour lui demander de s’engager fermement sur le respect des délais concernant l’arrivée du tramway.
C’est un projet majeur pour notre ville et nous n’entendons pas qu’il soit reporté.

C’est un combat dans lequel nous sommes déjà prêts à nous engager et que nous entendons gagner.

En se prononçant par un vote net et clair en faveur de la gauche rassemblée, une gauche à l’initiative, qui réussi à rendre concrète l’aspiration des Montreuillois à vivre ensemble, nos concitoyens ont confirmé, dimanche, le choix de l’union, celui qu’ils avaient fait lors des élections municipales et réaffirmé lors des élections départementales.
Face à ces choix citoyens, notre responsabilité collective est immense
Nous devons être à la hauteur.

J’en serai, coûte que coûte, le garant. Le garant de la gauche rassemblée et active.