ATD Quart Monde s’installe à Montreuil

InaugurationSite-799x450Je souhaite la bienvenue à l’association ATD-Quart Monde qui vient d’inaugurer son nouveau siège à Montreuil.

« La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire ». Les quelques mots prononcés par le père Joseph Wresinski, fondateur de l’association, dictent les actions des 14 000 bénévoles engagés au cœur d’un combat pour la solidarité et le partage.

C’est aussi le projet politique que nous voulons faire avancer à Montreuil, c’est donc avec plaisir que nous les accueillons dans notre ville.


DISCOURS :

Nous allons avoir besoin de vous, de vous et de vos 14 000 bénévoles et je crains, oui je crains, que nous ayons encore absolument besoin de vous encore de trop nombreuses années.

Si j’emploie à dessein le verbe craindre, c’est pour signifier que sur le front de la misère, du dénuement où vous exercez formidablement ce qu’il faut bien appeler un sacerdoce, et bien-sûr ce front des douleurs sociales, les choses ne vont pas en s’améliorant.

Pour saisir l’ampleur des malheurs qui frappent nos semblables en France, il suffit de se référer à vos informations.
8 millions de nos compatriotes vivent sous le seuil de pauvreté, et parmi eux, 2,7 millions sont des enfants.
C’est une honte nationale qui devrait empêcher de dormir ceux qui ont en charge notre destin national.
Autre scandale : 3 millions et demi de personnes sont mal logées et des millions d’autres ont recours à l’aide alimentaire pour se nourrir, c’est le cas pour nos anciens.
Ces chiffres terrifient : est-ce digne d’une nation qui est la sixième puissance économique mondiale ?
Est-ce digne, quand cette même nation, notre pays, la France a désormais le titre de championne d’Europe au palmarès peu glorieux du nombre de millionnaires.

Mais enfin, comment ne pas adosser ces chiffres à ceux de la richesse ?
Notre pays est le numéro un européen dans la distribution des dividendes aux actionnaires.
L’année dernière, 56 milliards d’euros ont été versés aux seuls actionnaires du CAC 40, c’est une augmentation de 30% par rapport à 2013. Dans une étude de l’ONG Oxfam, publiée en janvier, on apprend que 80 personnes dans le monde possèdent plus que 3,5 milliards d’êtres humains.

Voila où nous en sommes !

Je reprendrai les mots du père Joseph Wresinski, fondateur de votre association : « La misère est l’œuvre des hommes, et il ajoutait seuls les hommes peuvent la détruire ».

Vous êtes la preuve quotidienne que la solidarité est un levier d’action et qu’elle peut réduire la misère qu’un système d’égoïstes et de cupides s’emploie à créer.

Votre force et votre indispensable action résident dans le fait que vous faites face aux urgences et que dans le même temps vous suggérez, voire vous provoquez, des solutions pérennes aux maux de notre société.

Il faut ici souligner votre participation à l’élaboration aux lois progressistes et protectrices pour ceux qui vivent de plein fouet la violence du système. Je peux citer le RMI en son temps, la CMU ou la loi DALO.

Votre action ne se limite donc pas à la lutte contre la pauvreté monétaire.
Pour vous, s’il faut apaiser la faim qui frappe nos compatriotes, il faut dans le même temps étancher la soif de dignité de ces victimes du système.
C’est ainsi que vous faites entrer la culture là où on ne la réclame pas.

C’est à mes yeux un acte d’humanité majeur.
La pauvreté créée l’exclusion et l’isolement, parce qu’elle stigmatise. C’est pourquoi votre combat va plus loin.
Vous menez la lutte contre l’ignorance. Vos actions culturelles, d’éducation populaire, sont à ce titre démonstratives. Je pense aux universités populaires, dont l’une se trouve à Montreuil, qui ont des thèmes évocateurs sur l’argent, la participation politique, etc.
Ou encore à vos bibliothèques ambulantes, qui se déplacent jusqu’en bas des immeubles.

Cette signature humaniste dont se sont inspirés de nombreuses associations caritatives, nous la devons aussi à Madame Geneviève de Gaulle Anthonioz.

Geneviève de Gaulle Anthonioz, résistante et déportée, qui est enfin entrée au Panthéon, aux côtés de Jean Moulin, de Germaine Tillion, de Jean Zay et Pierre Brossolette.
Comme eux, elle sut dire « Non » à la barbarie nazie et ses affidés français, tel Pétain.
Quand la plupart avaient décidé de faire le dos rond, au péril de sa vie elle redressa la tête.
Elle a choisi la Résistance.

Elle échappa a la mort qui devait frapper des milliers de ses camarades et compagnons de lutte. Un sacrifice qui conduisit, il faut le rappeler, à la victoire, quand quelques années plus tôt tout semblait perdu.

Mais en entrant au Panthéon de la République, qui attend toujours certains de ses enfants résistants et martyrs. c’est aussi la résistante à la misère et la volonté de justice sociale qui y ont fait leur entrée.

En 1958, le père Wresinski l’invite dans le bidonville de Noisy-le-Grand à quelques pas d’ici.
Pour Geneviève de Gaulle Anthonioz c’est un choc.

« Je crois revoir le camp de Ravensbruck » dira-t-elle.
Elle dit y retrouver les mêmes regards, la même détresse et le même sentiment d’humiliation. Elle décide alors de s’engager aux côtés d’ATD Quart Monde. Elle en sera la présidente pendant 34 ans.

Nous avons une dette à l’égard de Geneviève de Gaulle Anthonioz.
Et à votre égard vous, les bénévoles d’ATD Quart monde vous qui êtes ainsi engagés contre la misère et pour la dignité nous avons un devoir.

Cette dette et ce devoir, c’est d’aider à la poursuite de cette généreuse action. Oui généreuse, car la générosité n’est pas une aumône, c’est un don.
Personne ne peut espérer vivre heureux au milieu d’un océan de misère.
En 1997 Genevieve de Gaule Anthonioz avait eu cette phrase  » Un nouveau totalitarisme est en train de naître. C’est celui de l’argent ».
Qui lui donnerait tort, au vue de la situation que nous avons vue décrite plus haut ?
Sûrement pas le pape François. Il déclarait lors de l’une de ses  exhortations, que nous subissions, je le cite : « La tyrannie des marchés, la dictature de l’argent ».
Ne pas subir, c’est la voie que vous avez choisie.
C’est aussi modestement celle que j’ai épousée, aux côtés de ma famille politique. Nos voies ont un dénominateur commun : vivre mieux, vivre dignement, vivre en harmonie.

Que ces mots sont simples à dire ! Et ô combien ils sont difficiles à réaliser, tant le mur de la cupidité est épais et haut.

Je disais au début de ce message de bienvenue vous êtes au cœur du combat pour la solidarité et le partage. C’est aussi le projet politique que nous voulons  faire avancer à Montreuil.
Aussi nous avons besoin de votre expérience.
Permettez-nous de vous interroger quand nous tentons, comme vous, de faire reculer la misère ou quand nous prenons des mesures en faveur de la culture pour tous.
La proximité que permet votre installation nous aidera.
C’est donc avec bonheur que nous vous accueillons sur le territoire montreuillois.

Votre présence est un facteur de fierté pour la ville que je représente.

Merci d’être ici à Montreuil où la devise est « Unir pour réussir ».